mercredi 5 janvier 2011

Un songe du roi Philippe



Un songe du roi Philippe
Un souhait vite réalisé

Le jeune Sargines donna à laver au roi; il eut l’honneur de lui présenter le vin du coucher, et il revint essuyer une longue conversation où le père se dédommagea amplement de sa contrainte, et donna l’essor à tous ces mouvemens que la présence du monarque avoit retenus. Sargines court chez son fils à la pointe du jour; il l’amène à la porte de l’appartement où le prince reposoit, pour attendre l’un et l’autre l’instant de son réveil. Philippe ne les a pas plûtot apperçus :
– Chevalier, je n’ai jamais dormi avec autant de tranquillité : voilà ce que produit le plaisir de causer avec gaieté et franchise; on ne connaît guères à la cour ces effusions d’ame! Il y a pourtant une si douce satisfaction à se parler du coeur! ... mon ami, j’ai rêvé que votre fils étoit la fleur de notre chevalerie.
– Sire, les rêves des rois différent-ils de ceux des autres hommes? Puisse au reste le songe de votre majesté se réaliser! J’y gagnerois un fils, et vous, sire, un fidèle sujet de plus : le nombre des bons serviteurs n’est jamais trop grand.
Philippe s’apprêtoit à monter à cheval; il détache son épée, s’approche du jeune Sargines, et de cet air rempli de bienfaisance qui lui étoit si naturel, la lui mêt au côté en disant : « après Dieu, le roi de France te fait écuyer. »

François de Baculard d’Arnaud
Epreuves Du Sentiment
France   1772 Genre de texte
nouvelle
Contexte
Le rêve est situé dans la nouvelle intitulée « Sargines ».
Sargines, un illustre chevalier, se désole de voir son fils ne démontrer aucune aptitude pour la chevalerie. Il en parle à son ami et maître le roi Philippe qui accepte de rencontrer le jeune Sargines. Après une discussion avec lui chez Sargines, le roi croit que le fils pourrait devenir chevalier après un bon entraînement. Ce soir-là, le roi fait un songe confirmant son hypothèse.Texte témoin
Paris, Le Jay, 1773, p. 292-293, vol. 2.

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