mardi 18 janvier 2011

Le rêve de Tim


 

La mer d’Irlande

[...] Tim, il voyait le ciel à travers les nuages de l’alcool, ce n’était pas le ciel peuplé d’anges en colère parce qu’il avait trop bu, ce n’était pas le ciel bleu comme l’eau bleue d’un lac qui passait sur ses paupières affligées de visions, non, c’était elle, la mer de son pays, en rêvant un peu il la retrouverait, toute pâle et couchée derrière une montagne de sapins, puis elle disparaissait et revenait, furieuse et bruyante, cette mer de son pays qui l’avait abandonné ici, sur ce banc, auprès d’un vieux chien, depuis combien d’années déjà il ne le savait plus, et en rêvant plus encore, le banc accueillait son échine lasse comme le nid moelleux des dunes, la mer qui filait, toute calme, toute rigide, descendait vers lui une femme, Gloria, l’institutrice de son village, quand il était petit, dans les faubourgs de Limerick, une religieuse soulevant ses jupes en sautillant sur les rochers, le chien du vieux Tim avait éternué, c’était fini, le vieux Tim s’était réveillé, il ne la reverrait que demain, la mer de son pays [...]

Marie-Claire Blais
Le sourd dans la ville
Québec   1979 Genre de texte
roman
Contexte
Ce rêve se trouve au début du roman. Tim, un immigrant irlandais alcoolique qui vit seul avec son chien, fréquente régulièrement le restaurant de l’Hôtel des Voyageurs tenu par Gloria avec qui il a des relations sexuelles.
Notes
Limerick : ville située au sud-ouest de l’Irlande.
Édition originale
Le sourd dans la ville, Montréal, Stanké, 1979, p. 24.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire