mardi 22 mars 2011

Somnambulisme et manque de sommeil

Le somnambulisme favorisé par le manque de sommeil

 
une somnambule, dans sa cuisine, cherche de la nourriture dans son réfrigerateur apres avoir coupe un pamplemousse. Longtemps resté mystérieux, le somnambulisme touche environ 2 % des adultes, mais plus de 20 % des enfants y sont sujets à un moment donné.
une somnambule, dans sa cuisine, cherche de la nourriture dans son réfrigerateur apres avoir coupe un pamplemousse. Longtemps resté mystérieux, le somnambulisme touche environ 2 % des adultes, mais plus de 20 % des enfants y sont sujets à un moment donné. Crédits photo : Eros HOAGLAND/REDUX-REA

 

Ce trouble peut être désormais diagnostiqué avec certitude en laboratoire par des privations de sommeil.

Le somnambulisme est un trouble d'autant plus fascinant qu'il reste mystérieux. Alors qu'il est en plein sommeil, le dormeur atteint de somnambulisme se lève, déambule sans en avoir conscience, réalise quelques actes simples et se laisse ensuite calmement reconduire dans son lit, sans garder le lendemain le moindre souvenir de ce qui s'est passé.
Jusqu'à présent, il était très difficile pour les médecins de confirmer ce trouble, parfois handicapant, dont le diagnostic ne reposait que sur les affirmations des proches. Des chercheurs canadiens du Centre du sommeil de l'université de Montréal viennent de montrer que le manque de sommeil était un facteur favorisant les crises de somnambulisme. Ils se sont en effet rendu compte que l'on pouvait induire ce trouble en laboratoire pour mieux l'étudier, en faisant passer une nuit blanche à des volontaires. Leurs travaux viennent d'être publiés dans les Annals of Neurology du 19 mars 2008.
L'équipe de Jacques Montplaisir a sélectionné 40 personnes atteintes de somnambulisme et les a gardées éveillées 25 heures d'affilée en laboratoire puis les a filmées lors de leur sommeil réparateur. Cette privation de sommeil a eu un effet spectaculaire sur le nombre des somnambules qui ont pu être pris sur le fait : de 20 au cours de la nuit précédant la privation de sommeil, il est passé à 36 lors du sommeil de récupération. De plus, le nombre des épisodes d'activité nocturne chez l'ensemble de ces personnes a presque triplé.

Composante génétique

«  Cette étude est précieuse à plus d'un titre, estime le Dr Damien Léger, du Centre du sommeil de l'Hôtel-Dieu à Paris. D'abord elle porte sur un nombre élevé de patients, ce qui est difficile à mettre en œuvre, car le somnambulisme est très rare chez l'adulte. Ensuite, elle va rendre plus accessible l'analyse de ce trouble du sommeil que l'on avait beaucoup de mal à provoquer en laboratoire. Nous savons maintenant qu'il faut une privation de sommeil prolongée et non de quelques heures, comme on le pratiquait avant, pour amplifier le phénomène. Cela nous aidera, par exemple, à mieux le distinguer des crises d'épilepsie. »
La stratégie des chercheurs a été d'accentuer les phases dites de sommeil lent profond en provoquant un retard de sommeil. « En effet, précise Antonio Zadra, premier auteur de l'étude, les crises de somnambulisme se produisent principalement durant ces phases du sommeil qui sont les plus récupératrices. Chez les somnambules, elles semblent instables et s'interrompre plus facilement : ils peuvent alors se retrouver dans un état intermédiaire, partiellement éveillés et partiellement endormis. »
Outre une probable composante génétique, le somnambulisme peut être facilité par un trouble du sommeil, dû par exemple à une gêne respiratoire, ainsi que le stress ou la consommation d'alcool. S'il ne touche qu'environ 2 % des adultes, il est en revanche nettement plus fréquent chez les enfants et plus de 20 % d'entre eux y sont sujets à un moment donné. « Le somnambulisme est alors différent », précise Damien Léger. Lié à la maturation du cerveau, il disparaît à l'adolescence. Mais il est très rare qu'il soit régulier. La prise de médicaments est alors inutile. Il faut surtout veiller à ce que la chambre de l'enfant ne présente pas d'objets susceptibles de le blesser et qu'il puisse dormir au moins 10 heures par nuit.
Le manque de sommeil chez l'enfant renforce-t-il son somnambulisme ? Cela paraît peu probable à Antonio Zadra : « Chez l'adulte, il s'agit d'un trouble inhérent dans le sommeil à ondes lentes, dit-il, que l'on peut chercher à mettre en évidence dans de bonnes conditions. Chez l'enfant, il se résorbe naturellement. Et du point de vue éthique, nous ne pouvons pas, pour l'étudier, priver de sommeil des enfants pendant 25 heures. Notre méthode va plutôt nous servir à mieux poser le diagnostic chez l'adulte. Elle pourrait aussi, dans le contexte médico-légal, aider à évaluer des personnes qui prétendraient avoir commis leurs actes au cours d'une crise de somnambulisme. »
Ce travail permet aussi de conseiller aux personnes atteintes d'un tel trouble de veiller à garder une durée de sommeil suffisante, pour éviter la recrudescence des crises.

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