mercredi 29 juin 2011

Hospitalisme

 

hospitalisme

Altération du développement psychomoteur chez le très jeune enfant, provoquée par un placement prolongé en institution (établissement de cure, hôpital, crèche, etc.) ou par une carence affective grave.
L'hospitalisme a été décrit par le psychiatre américain René A. Spitz en 1945. Comparant un groupe d'enfants élevés en prison par leur mère et un groupe d'enfants élevés en orphelinat, il constata que ces derniers, privés du contact maternel, finissaient par présenter des signes de dépression : tristesse, agitation, mouvements stéréotypés, anorexie, insomnie puis retard de croissance et difficultés scolaires, enfin épuisement général. Cependant, si l'enfant peut bénéficier à temps d'un substitut maternel, ces troubles régressent.
   À l'autre extrémité de la vie, un sujet âgé peut, à l'occasion d'une hospitalisation, qui le sépare de son environnement et de ses habitudes matérielles et affectives, être victime des mêmes troubles (dépression, anorexie, insomnie), souvent appelés syndrome de glissement et qui demandent une prise en charge énergique, tant physique que psychologique, par l'équipe de soins.

L'hospitalisme survient donc lorsque l'enfant reste privé de sa mère avec laquelle il entretenait une bonne relation, au-delà de trois à cinq mois sans pour autant bénéficier de la présence d'un substitut acceptable. Contrairement à la dépression anaclitique qui est transitoire, les effets de l'hospitalisme sont durables, voire irréversibles. On constate un arrêt du développement psychologique de l'enfant, puis des dysfonctions psychologiques s'installent parallèlement à des changements somatiques. Au stade suivant, ces enfants sont exposés à des risques croissants d'infection et lorsque la carence affective se poursuit pendant la deuxième année, leur taux de mortalité s'élève de façon spectaculaire.
L’hospitalisme est un état dépressif (dépression anaclitique) se manifestant chez certains enfants séparés précocement de leur mère. Ce trouble affectif a été découvert par le psychanalyste René Spitz.
Spitz compare le développement psychoaffectif de deux populations d'enfants :
(A) des enfants nés de mères en prison, mais s'occupant de l'enfant pendant la journée, avec l'aide d'une soignante expérimentée ;
(B) des enfants nés et placés en orphelinat, recevant des soins, mais privés de toute chaleur humaine.
Il décrit alors trois phases de l'hospitalisme, apparu chez les sujets du groupe (B) et, temporairement, chez les sujets du groupe (A) lorsque les enfants étaient séparés de leur mère :
- phase de pleurs (car l'enfant sait qu'avant, les pleurs faisaient revenir sa mère) ;
- phase de glapissement, de perte de poids et d'arrêt du développement ;
- phase du retrait et du refus de contact, aboutissant alors à la dépression anaclitique.
Le film britannique de James et Joyce Robertson — « John (17 mois) - Séparation brève en pouponnière », durée 45 minutes, formation continue pour les professionnels de la petite enfance et de la famille, Paris : COPES, 2004 — montre de manière poignante ce processus.
Le travail de Spitz a été critiqué du point de vue méthodologique, mais l'effet de cette étude fut considérable sur toutes les questions touchant aux séparations de l'enfant et de sa mère. Cette découverte a permis de modifier les conditions de vie des nourrissons dans les services hospitaliers, pénitentiaires et autres.
  L'hospitalisme est donc est la "régression mentale des malades hospitalisés pour de longues périodes".

Mais selon SPITZ, le terme "hospitalisme" recouvre "l'ensemble des troubles physiques dus à une carence affective par privation de la mère survenant chez les jeunes enfants placés en institution dans les dix-huit premiers mois de la vie."

C'est un état d'altération physique grave qui s'installe progressivement chez le très jeune enfant suite à une carence affective importante tandis qu'il est placé en institution.
- Si l'absence de la mère survient après 6 mois alors qu'une certaine forme de relation s'est déjà établie avec elle, mais sans que l'identification à une image stable soit encore possible, on verra s'installer une inhibition anxieuse, un désintérêt pour l'extérieur traduisant une dépression anaclitique. Cela pourra disparaître si l'enfant retrouve sa mère.
- Si la carence affective est totale et prolongée, les troubles iront jusqu'au marasme voire la mort. 
Tableau évolutif :

  • Le premier mois de séparation, l'enfant va se mettre à pleurer sans raison, sera triste, s'accrochant à tout adulte de l'entourage, recherchant le contact.
  • Au deuxième mois, il y a arrêt de développement, perte de poids, et tristesse. L'enfant cherche le contact mais sans véhémence.
  • Au troisième mois, il y a un refus du contact. L'enfant reste couché à plat ventre sur le lit, a des insomnies, refuse la nourriture, attrape facilement des maladies, et demeure anxieux et indifférent. Le retard psychomoteur se généralise.
  • Après trois mois, le visage se fige, le regard est absent. Il n'y a plus de pleurs ni de sourires, plus de crise. On observera quelques gémissements plaintifs, des mouvements bizarres des doigts, des stéréotypies, et une mauvaise coordination oculaire. Le développement mental et physique est entravé mais la guérison sera rapide si l'Enfant retrouve sa mère ou un substitut avant la fin du quatrième, voire du cinquième mois. On note qu'après 3 mois de séparation, le tableau que présente l'enfant est proche de la dépression anaclitique. 

    Les études de SPITZ sur cette pathologie ont entraîné de profondes réformes dans l'hospitalisation des nourrissons ainsi que dans celle des mamans (mise en place des hospitalisations "mère-enfant" par exemple).

    L’hospitalisme était très fréquent dans les pouponnières de la France d'après-guerre. La solitude rendait les jeunes enfants malades, ils dépérissaient peu à peu, tant physiquement que psychiquement.

    L'enfant en carence affective passe par différentes étapes : le premier mois de séparation, il pleure, crie et cherche le contact. Le deuxième mois, il dort mal, perd du poids, sa croissance est ralentie. Le troisième mois, il semble détaché, indifférent et ne témoigne plus aucun intérêt ni pour les personnes ni pour le monde extérieur.

    A l'époque, la psychologie des enfants n'était pas d'actualité. On pensait que leur comportement était dû à leur hérédité : parents alcooliques, syphilitiques ou pourquoi pas attardés de génération en génération. Ces explications ont été balayées par la découverte de l'hospitalisme, que l'on doit notamment à René Arped Spitz, un psychanalyste d'origine hongroise.

    Après les psychologues, les scientifiques ont étudié ce syndrome et mis en évidence que l'hospitalisme était réversible. Quand l'enfant retrouve une stabilité affective, il va mieux.


    L'hospitalisme est un syndrome qui a été particulièrement observé en orphelinat.
    Mais il faut ajouter tout de même un bémol. Tout dépend en effet de l'âge. Des périodes sont particulièrement sensibles pour le bon développement de l'enfant. Les séparations pendant les trois premières années sont les plus graves, et particulièrement entre le 6ème  et le 15ème mois de l'enfant.

    Des radiologues américains ont récemment étudié le cerveau d'enfants roumains âgés de 9 ans. Ces petits n'avaient connu que l'orphelinat avant d'être adoptés à l'âge de 3 ans. Leur cerveau présentait, des années après, des séquelles irréversibles : les zones cérébrales impliquées dans les émotions étaient moins développées que celles des autres enfants.

    Même si on peut toujours émettre
    des réserves sur le principe du quotient intellectuel, l'étude indique que le QI de ces enfants se situait autour de 80, c'est-à-dire bien en dessous de la moyenne.
    A la pouponnière, un lien privilégié est nécessaire à l'enfant pour se reconstruire.

    Aujourd'hui, les professionnels en contact avec des enfants sont particulièrement vigilants. On sait qu'il est indispensable de leur expliquer les raisons et la durée d'une séparation, même à un nouveau-né.

    L'hospitalisme se fait plus rare. Les structures médicales ou sociales prennent désormais en compte l'importance de l'attachement, notamment dans la relation mère-enfant et font tout pour amoindrir le sentiment de manque ou d'abandon. En résumé : l'hospitalisme désigne un syndrome de régression mentale que développent des jeunes enfants séparés brusquement ou longuement de leurs parents et hospitalisés pendant de longues périodes. Seul remède : apporter à l’enfant l’attachement dont il a besoin pour grandir.

    Les enfants et la guerre Louys Crocq Professeur de psychologie pathologique à l’Université René Descartes (Paris V) Créateur des Cellules d’Urgences Médico-Psychologiques 

    La dépression et les carences affectives par Michel Maury,Jean-Pierre Visier


    Les carences affectives chez l’enfant Memoire de David Fernandez 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire