L’identification à l’agresseur est un mécanisme de défense introduit dans la psychanalyse par Anna Freud. Etant confronté à un danger extérieur, le sujet s’identifie à son agresseur en reprenant à son compte l’agression ou en imitant physiquement la personne de l’agresseur. L’identification à l’agresseur atténue l’effet de l’agression grâce au renversement de rôles : l’agressé se fait agresseur. L'identification à l'agresseur est un mécanisme de défense théorisé par Sándor Ferenczi et Anna Freud. Elle désigne un processus psychique inconscient qui vise à protéger le sujet durant une agression ou suite à cette agression.
Secondairement, ce mécanisme issu de la psychanalyse a inspiré le concept du syndrome de Stockholm, qui conduit une victime à par exemple chercher "à comprendre" son agresseur, voire à le protéger, ou même à le remercier de ne pas l'avoir tuée...
Cette notion a été développée par Sándor Ferenczi au Congrès de Weisbaden en 1932, puis par Anna Freud en 1936.
L'identité de l'enfant abusé est encore très fragile : elle vole en éclat lors du traumatisme. Sa personnalité se morcèle : Ferenczi parle d'atomisation. Pour conjurer la sidération, et survivre au choc, l'enfant s'identifie à la personne qui l'abuse, telle qu'elle est au moment de l'effraction. La victime va donc internaliser l'agresseur, ses pulsions autant que ses répulsions (son "ça" et son "surmoi"), d'où les vécus de honte qui suivent également le choc. "L'enfant traumatisé, physiquement et psychiquement plus faible, se trouvant sans défense, n'a d'autre recours que de s'identifier à l'agresseur", se soumettre à ses attentes ou à ses lubies, "voire les prévenir, finalement y trouver même une certaine satisfaction".
Anna Freud a présenté un autre aspect de cette tragédie psychique en mettant l'accent sur l'imitation ultérieure, par la victime, des comportements de l'agresseur.
Poursuivant les recherches de S. Ferenczi sur le traumatisme, Saverio Tomasella propose les formulations "identification à l’agresseur et à l’agression", puis "inclusion de l'agresseur et de l'agression". La personne violentée internalise le violenteur, son acte et son intention. La haine double la jouissance ; elles sont désormais incluses dans la psyché du sujet. "La profanation est un acte délibéré d’une personne sur une autre en vue de la déshumaniser. […] L’interdit de penser enferme le sujet dans l’impuissance à repérer, à dénoncer et à interroger. Il fige l’être dans le passé, par une fascination envers le moment traumatique, sur lequel il reste fixé." Les cauchemars à répétition, ou certaines phobies, trouvent là leur origine.
L’agression sexuelle induit souvent une addiction psychique par obnubilation autour de l’acte qui hante le sujet et une addiction physique à l’excitation artificiellement imposée au moment de l’effraction. Renversé en son contraire, ce mécanisme à double face génère déni de l’agression et inhibition sexuelle. "Dans cette double dépendance réside aussi une des explications de la complexité du phénomène mimétique par lequel l’identité de la personne abusée peut en arriver à se confondre avec celle de l’agresseur autant qu’à la réalité dégradante et trop intense de l’agression."Jacques Dufour met en perspective l'identification à l'agresseur comme comportement autodestructeur assurant l'oubli forcé de l'agression, par une douleur encore plus forte infligée à soi-même. Néanmoins, ce stratagème vient parfois masquer une profonde blessure mélancolique découlant de l'abandon de l'enfant agressé par l'autre parent, complice de l'agresseur. La vie affective est éteinte au profit d'une activité intellectuelle brillante et surabondante.
L'identification avec l'agresseur est un mécanisme de défense identifié et décrit par Anna FREUD en 1936 (Le moi et les mécanismes de défense). Le sujet, confronté à un danger extérieur (représenté typiquement par une critique émanant d'une autorité), s'identifie à son agresseur, soit en reprenant à son compte l'agression telle quelle, soit en imitant physiquement ou moralement la personne de l'agresseur, soit encore en adoptant certains symboles de puissance qui le désignent. Selon Anna FREUD, ce mécanisme serait prévalent dans la constitution du stade préliminaire du SurMoi, l'agression restant alors dirigée sur l'extérieur et n'étant pas encore retournée contre le sujet sous forme d'autocritique. (LAPLANCHE et PONTALIS).
Rappelons ici simplement que l'identification est le processus psychique inconscient par lequel une personne rend une partie plus ou moins importante de sa personnalité conforme à celle d'un autre qui lui sert de modèle. Décrit primitivement par Sigmund FREUD dans des contextes psychopathologiques, le mécanisme de l'identification en est venu à désigner un mode premier de la relation aux autres et a été intégré parmi les processus constitutifs de la psyché. Elle doit être distinguée de l'imitation, qui est une démarche volontaire et consciente (Alain de MIJOLLA).
Si FERENCZI recourt à l'expression d'identification à l'agresseur dans un sens bien particulier (l'agression envisagée est l'attentat sexuel de l'adulte, vivant dans un monde de passion et de culpabilité, sur l'enfant présumé innocent), Anna FREUD voit ce mécanisme à l'oeuvre dans des contextes très variés et le comportement observé est le résultat d'un renversement des rôles, l'agressé se faisant agresseur.
Dans le chapitre 9 de son ouvrage Le moi et les mécanismes de défense, Anna FREUD écrit :
"Les habituels modes de défense sont relativement faciles à découvrir tant que le moi les utilise séparément et dans sa lutte contre un danger déterminé. Découvre-t-on la négation? C'est qu'il y a un péril extérieur. Décèle-t-on un refoulement? C'est que le moi se défend contre des excitations instinctuelles. Mais quand on a affaire à l'inhibition et à la rétraction du moi, procédés en apparence très ressemblants, la distinction entre conflit interne et conflit externe devient déjà moins aisée. Et les choses se compliquent encore lorsque plusieurs processus de défense s'imbriquent ou encore lorsque qu'un seul et même mécanisme joue tantôt contre l'extérieur tantôt contre l'intérieur, ce qui est tout à fait le cas de l'identification." L'identification, qui contribue à la formation du SurMoi et par là joue un rôle important dans la répression des pulsions, peut constituer, selon elle, "en se combinant avec d'autres mécanismes, l'un des moyens de lutte les plus puissants contre les objets extérieurs générateurs d'angoisse."
Anna FREUD, à partir de l'exemple de jeunes enfants, s'appuie entre autres sur les analyses de son père dans Au-delà du principe du plaisir, pour analyser la combinaison du mécanisme de l'identification ou de l'introjection à un autre "important mécanisme". L'enfant joue le rôle de l'agresseur, en lui empruntant ses attributs ou en imitant ses agressions : il se transforme de menacé en menaçant (sur le mode fantasmatique toujours bien entendu). Les enfants, en intériorisant les critiques d'autrui, construise leur personnalité, la formation de leur instance morale. "Quand un enfant ne cesse d'intérioriser, d'introjecter les qualités de ses éducateurs, quand il fait siennes leurs particularités et leurs opinions, il fournit continuellement au SurMoi le matériel nécessaire à l'évolution de celui-ci. Toutefois, à cette époque (avant cinq ans), l'enfant ne prend pas encore très au sérieux la formation de l'instance morale. La critique intériorisée n'en est pas pour autant immédiatement transformée en auto-critique". Elle se dissocie de l'activité répréhensible de l'enfant pour se tourner vers le monde extérieur. "Grâce à un nouveau processus de défense, c'est une attaque directe dirigée contre le dehors qui succède à l'identification avec l'agresseur". Dans les trois exemples de très jeunes enfants qu'elle cite, "même après que la critique extérieure a été introjectée, la peur d'une sanction et le délit ne sont pas encore associés dans l'esprit du patient. A l'instant même où la critique s'intériorise, le délit est repoussé dans le monde extérieur, ce qui revient à dire que le mécanisme d'identification avec l'agresseur se complète par un autre procédé de défense, par une projection, au-dehors de la culpabilité." "La véritable moralité ne commence qu'au moment où la critique intériorisée ayant fait siennes les exigences du surmoi coïncide avec la perception qu'à le moi du délit personnel."
"La combinaison particulière d'introjection et de projection appelée ici "identification avec l'agresseur" ne peut être considérée comme normale que si le moi n'en fait usage que contre les personnes qui ont sur lui quelque autorité, c'est-à-dire dans ses efforts pour affronter les objets d'angoisse. Ce même mécanisme de défense perd de son inocuité et acquiert un caractère pathologique quand il est transféré à la vie amoureuse".
Dans ses études, Anna FREUD n'a de cesse de montrer les combinaisons cumulatives des mécanismes de défense. Par exemple, "quand ce même mécanisme de projection est employé contre des pulsions amoureuses d'ordre homosexuel, il se combine avec d'autres mécanismes encore. Le retournement en contraire - dans le cas présent, le retournement de l'amour en haine - parachève l'oeuvre de l'introjection et de la projection et provoque l'apparition de délires paranoïaques."
Les auteurs de Les mécanismes de défense définissent l'Identification à l'agresseur (ou avec l'agresseur, la formule varie suivant les ouvrages, et cette dernière est celle utilisée par Anna FREUD...suivant la traduction de son ouvrage...) comme mécanisme utilisé par un sujet confronté à un danger extérieur, qui s'identifie à son agresseur selon différentes modalités :
- soit en reprenant à son compte l'agression telle quelle ;
- soit en imitant physiquement ou moralement la personne de l'agresseur ;
- soit en adoptant certains symboles de puissance qui le caractérisent.
Ils reprennent d'ailleurs la définition donnée par LAPLANCHE et PONTALIS.
La conception d'Anna FREUD n'est pas complètement reprise par tous les auteurs, et la question est de savoir si l'on est en présence d'un mécanisme bien spécifique ou s'il constitue une forme particulière d'identification. De plus, Daniel LAGACHE situe plutôt l'identification à l'agresseur à l'origine de la formation du moi idéal ; dans le cadre du conflit de demandes entre l'enfant et l'adulte, le sujet s'identifie à l'adulte doté de toute-puissance, ce qui implique une méconnaissance de l'autre, sa soumissions, voire son abolition. René SPITZ (le non et le oui, 1957) utilise beaucoup cette notion. Pour lui le retournement de l'agression contre l'agresseur est le mécanisme prépondérant de l'acquisition du "non" verbal et gestuel, situé vers le 15ème mois.
Pour les auteurs de cet ouvrage, "le repérage de ce mécanisme dans la clinique s'avère utile, notamment dans le cadre des comportements délinquants où la capacité de certains jeunes à inspirer la terreur, à faire le "caïd" en réunissant autour d'eux une cour de "serviteurs" soumis à leurs règles, en vivant à l'aise dans le monde de la délinquance, sans pour autant passer à l'acte de façon grave, pourrait relever de l'identification à l'autre dangereux".
"De nos jours, finissent-ils leur chapitre sur ce mécanisme, la fréquence des antécédents de maltraitance infantile chez des parents eux-mêmes maltraitants s'éclaire par ce mécanisme d'identification à l'agresseur. On peut supposer que s'ajoute à la compulsion de répétition inhérente au traumatisme de "défaut fondamental" d'acquisition de limites entre soi et l'autre, présent chez ces adultes à la suite de leurs propres sévices d'enfants." BOURGUIGNON (1984) décrit ces parents aux "personnalités narcissiques".
Définition : (Larousse) Assimilation d’un aspect d’un MOI étranger que le sujet prend à son insu comme modèle dans la constitution de sa personnalité(cette dernière se construit à travers plusieurs identifications). (Serge Ionescu) Assimilation inconsciente, sous l’effet du plaisir libidinal et\ou de l’angoisse, d’un aspect, d’une propriété, d’un attribut de l’autre, qui conduit le sujet, par similitude réelle ou imaginaire, à une transformation totale ou partielle sur le modèle de celui auquel il s’identifie ; L’identification est un mode de relation au monde constitutif de l’identité .
Identification : Choix conscient et Défense inconsciente.
S’identifier à un modèle n’est pas à priori une modalité défensive, puisque cela permet à la fois de « copier » toute attitude, aspect ou pensée que l’on jugerait bonne(selon des critères comme la société ou l’intérêt personnel du sujet) chez un autre individu, et aussi de rentrer en contact avec l’autre, de se mettre à sa place( l’empathie est largement sollicitée chez le psychologue et le psychanalyste). Dans ce sens, s’identifier à quelqu’un relèverait donc plus d’activité consciente que d’activité inconsciente, car c’est effectivement un choix conscient.
En tant qu’activité inconsciente, l’identification n’est pas une simple imitation, mais devient un mécanisme mental, comprenant alors une finalité défensive, qui se représente sous la forme d’un travail psychique destiné à réaliser(c’est un fantasme) le but d’être l’autre. Cela pourrait aider le sujet à lutter contre l’angoisse due à la perte d’un objet(très souvent une personne) ou pour s’assurer une emprise sur le monde extérieur. On parle alors bien de défense, qui plus est ,se réalisant de manière inconsciente.
Définition.
Freud introduit la notion d’identification lorsque, à la faveur de son auto-analyse, il découvre en lui une pluralité de personnes psychiques. Cette identification se spécifie de deux manières : elle est portée par un désir d’assimilation, opérant dans un mouvement objectal(re-création de l’autre en moi-même).
L’équivalence et la distinction, deux principes apparemment contradictoires, mais qui entre dans la logique de l’identification, permettant alors le début d’une relation objectale et l’absence d’angoisse si l’objet si l’objet n’est plus là, d’où un enrichissement du MOI et une défense certaine lorsque l’on retrouve en soi plusieurs aspects de l objet absent. Freud explique par exemple que la douleur mélancolique a pour cause l’identification à l’objet perdu, qui permet dans ce cas au sujet de conserver en lui une partie de l’objet et donc de ne pas abandonner la relation d’amour.
L’ambivalence est essentielle dans la constitution de l’identification, et arrive de manière très précoce chez l’individu, selon Bion, Meltzer et Rivière, trois élèves de Mélanie Klein. Le processus d’Identification donne lieu en fait à diverses identifications, dont la portée défensive et structurante sera différente, d’autant plus que cette Identification peut s’associer à D’autres mécanismes psychiques.
Relation avec d’autres mécanismes de défense.
L’identification et plus précisément la défense identificatoire ne peut être disjointe du fantasme qu’est l’incorporation, ainsi que de l’introjection. Les fantasmes oraux ou cannibaliques tiendraient alors de la régression. On a vu aussi que le complexe d’Oedipe entre autre avec une identification de l’enfant au parent de même sexe.
Le processus d’identification se combine en outre avec le mécanisme de renversement en son contraire, comme on peut le voir souvent dans les jeux d’enfants(passage de la passivité à l’activité, et inversement) ou dans le renversement du but de la pulsion partielle, qui permet d’éprouver le plaisir(par exemple) sadique, lorsque le sujet s’identifie à celui qui le fait souffrir : le plaisir résultant du masochisme serait alors le même ,par identification, que celui qui résulte du sadisme. La relation entre renversement et identification se voit D’autant plus lorsque le sujet se refuse à agir comme l’autre, en écartant au possible tous ce qui appartient à l’aspect marquant de l’objet( par exemple, c’est l’attitude d’un sujet qui ne refusera rien à ses enfants, parce qu’il aura eu des parents très sévères) ; on peut alors parler de contre-identification.
De ces relations, on peut tirer la conclusion suivante : l’identification joue un rôle certain dans l’élaboration d’autres mécanismes de défense.
Conséquences pathologiques possibles.
Comme on l’a dit en première partie, l’identification relève de deux fonctions contradictoires : instabilité, déplacement et substitution pour la première, puis permanence, stabilité et constance pour la deuxième.
La première peut engendrer l’identification hystérique , manière de réaliser la possession de l’objet non par l’imitation, mais bel et bien par appropriation. C’est ainsi que l’on peut voir les sujets(hystériques) exprimer par leurs manifestations physiques les états intérieurs de plusieurs personnes.
La deuxième aussi relève du désir de possession de l’objet, mais la pathologie tient du fait que l’objet est introjecté dans le MOI a tel point que le sujet n’est plus lui-même, il devient l’Autre absent. C’est l’identification narcissique. Elle implique une confusion d’identité entre le sujet et l’objet ; la défense est un échec : tout travail de deuil ou de séparation est impossible, le mélancolique devient incapable d’aimer à nouveau.
L’enfant autiste, considérant que sa mère peut lui faire défaut, préfèrera se rabattre sur des objets durs, plus sécurisants de par leur nature permanente et concrète(cela se retrouve aussi, à moindre mesure, chez d’autres enfants qui ne se détachent pas d’une peluche ou d’une couverture par exemple). C’est l’identification adhésive. Elle empêche la satisfaction par l’hallucination(par la pensée), car le souvenir de l’objet satisfaisant est remplacé par le contact réel et permanent avec cet « objet autistique ».
L’identification irait de paire parfois avec la paranoïa, du fait que le sujet identifie cette fois ci ses propres aspects aux autres. On voit ici que l’identification n’est pas seulement le fait de s’identifier, mais peut prendre la tournure inverse. A l’extrême, le délire est la croyance, poussée à son paroxysme, d’être l’autre. Il y a alors supériorité de l’ « autre soi-même idéal » par rapport au MOI-propre au sujet. Dans ces cas, délire et paranoïa, on parlera d’identification aliénante.
L’identification n’institue pas toujours des retombées pathologiques : les « fantasmes inconscients d’identification » représentent une part essentielle de la construction du MOI en relation avec l’autre. L’identification constitue le point de départ d’une relation objectale (cela permet par exemple à un groupe d’être plus ou moins soudé en prenant modèle sur le sujet dominant du groupe, le leader)en même temps qu’une défense contre l’absence d’objet, et peut devenir le moyen de se détacher des objets en les appropriant.
Processus mis en place inconsciemment par un individu afin de reproduire les attitudes d'un autre.
L'identification de l'enfant aux modèles parentaux lui permet d'acquérir leur puissance.
L'identification est un processus essentiel à la socialisation et à la formation de la personnalité. Autre définition : Tendance à assumer, à assimiler, à s'incorporer les traits caractéristiques d'une autre personne ou d'un groupe.
Mécanisme normal de croissance du Moi, surtout à certains âges (identification aux modèles parentaux, aux maîtres, aux personnes admirées), mais qui perturbe finalement l'autonomie personnelle.
L'identification désigne le fait de se reconnaître dans une caractéristique, ou une personne extérieure à soi.
La psychanalyse comprendra l'identification comme émanant de mécanismes très différents. On peut cependant souligner la conception d'une instance du moi se constituant par identifications successives, portant le plus souvent sur un trait unique. Jacques Lacan théorisera le trait unaire.
L'identification hystérique repose sur la bisexualité, elle concerne un objet qui aime un autre objet. Autrement dit l'identification hystérique n'est pas régression à la dialectique de l'être : il s'agit encore d'avoir, mais par le biais d'une identification à l'autre.
Une des illustrations possibles est la femme jalouse. L'hystérique pourra être jalouse de son propre désir : elle reproche à l'homme l'attrait pour les femmes. Il y a identification à l'homme comme aimant la femme -identification à un objet pulsionnel qui aime un autre objet.
On trouve également ce processus de l'identification hystérique dans le complexe d'Œdipe : l'identification à la mère peut servir le désir incestueux.
L'identification sert le désir, non pas d'incorporer, mais bien de posséder une tierce personne ; aussi l'identification hystérique suppose-t-elle triangulation - elle est ménage à trois imaginaire.
L'identification mélancolique est l'identification à un objet pulsionnel qu'aime le sujet - ici la dialectique repose sur deux seules personnes. Le mélancolique s'identifie à celui qu'il aime - et la pulsion fait retour sur le moi propre. C'est pourquoi il est nécessaire de saisir cette identification comme narcissique : c'est d'ailleurs là une deuxième appellation de ce processus pathogène.
Cette modalité identificatoire n'est pas tant propice à un remaniement, puisqu'elle se distingue comme totale : le moi était complètement confondu avec l'objet de la pulsion. Cette confusion, renvoyant à une dialectique de l'être - je suis ce que j'aime - et correspondant à la formation même du moi (comme moi plaisir) , pointe finalement sur une profonde régression, renonciation à satisfaire son désir avec (ou face à) un objet.
Cette description se rattache principalement au deuil - c'est là que se révélera le pathos - , deuil particulier, massif, auquel fait face le mélancolique lors de la perte de cet objet, qui sera vécue comme perte d'une partie de son moi.
Le mélancolique devient ce qu'il aime et ne peut anticiper sur une perte de l'ordre de la mutilation : avec le départ ou la mort de l'objet, c'est l'édifice narcissique qui s'effondre : le moi n'a plus de quoi se soutenir, sinon l'hallucination d'un cadavre.
Bien que les concepts freudiens de sadisme et de masochisme aient évolué au cours de l'histoire de la psychanalyse, on peut tâcher d'en distinguer un mécanisme essentiel quant à l'identification. Le passage au sadisme s'avère éclairant :
Le sadique jouit de faire souffrir autrui. Puis, il abandonne ce but et la pulsion subit un renversement en son contraire, en même temps qu'est abandonné l'objet jusque là martyrisé. Il y a donc masochisme mais pas encore de recherche d'un bourreau - ce qui constituera la dernière étape.
Cette dernière étape mérite d'être pensée puisque le masochiste se fait d'abord l'objet de son sadisme, -il est à la fois sadique et masochique - avant de rechercher quelqu'un qui sera sadique en son nom.
Il y a identification masochique puisque le masochiste s'identifie à son maître, en fait un substitut de lui-même.
L'identification projective , concept de Mélanie Klein, se définit d'abord comme identification d'un objet faisant suite à une projection - donc comme double mécanisme de projection puis de reconnaissance de l'autre. On peut cependant remarquer plusieurs usages de cette notion:
communiquer des états affectifs, émotionnels ;
projeter sur l'autre un contenu mental perturbant et contrôler cet autre de par ce contenu ;
pénétrer l'intérieur d'un objet pour en prendre possession ou le dégrader.
l'identification fraternelle est, dans ce contexte, dans un lien de fraternité.En effet, on a souvent dit:"montre l'exemple à ton frere!",ce qui prouve simplement qu'il y a une identification du côté du cadet qui voit son ainé comme l'être "parfait".il va donc se mettre a copier ses faits et gestes, jusqu'au comportement envers les autres.
Identification et homosexualité
Définition :
Homosexualité : terme dérivé du grec (homos : semblable) et créé vers 1869 par le médecin hongrois Karoly Maria Kertbeny pour désigner toutes les formes d'amour charnel entre des personnes appartenant biologiquement au même sexe.
Début d'explication freudienne :
Freud a donné une première approche de l'homosexualité. Selon lui :
- Pour la fille, l'homosexualité résulte d'une fixation infantile à la mère et d'une déception à l'égard du père.
- Pour le garçon, l'homosexualité survient après la puberté, quand s'est instauré durant l'enfance un lien intense entre le fils et sa mère. Au lieu de renoncer à elle, celui-ci s'identifie à elle, se transforme en elle et cherche un homme qui puisse le représenter et qu'il puisse aimer comme il a été aimé par sa mère.
Freud considérait que l'homosexualité était un arrêt du développement sexuel. Un peu plus tard, Lacan et d'autres ont affiné les observations et théories de Freud. A présent, on ne parle plus d'homosexualité mais des homosexualités. En effet, l'homosexualité peut résulter de différents mécanismes inconscients.
Différents modes d'homosexualité :
1er mode de formation de l'homosexualité (à partir de l'Oedipe) :
Un préalable : Il y a deux modes de relation à l'autre :
- l'amour (je désire l'autre)
- l'identification à l'autre (j'aime ce que l'autre aime)
C'est soit l'amour, soit l'identification, mais jamais l'un et l'autre en même temps. Celui qu'on aime, à celui-là on ne s'identifie pas.
Le complexe d'Oedipe (vers 3 à 6 ans) :
Dans le développement normal d'un enfant, garçon ou fille, au tout début, il y a une identification première au père, l'objet d'amour étant la mère. L'enfant aime la mère du même type d'amour que celui du père pour la mère : il la désire et veut être aimé d'elle comme elle aime le père.
Le garçon, lors du complexe d'Oedipe, entre en rivalité avec le père pour aimer la mère. C'est l'identification secondaire au père. Mais, par peur de la castration, il finit par renoncer à cette rivalité et accepte de diriger son amour vers quelqu'un d'autre, de sexe féminin, appartenant à sa génération.
Pour la fille, l'amour premier pour la mère se transforme en haine pour elle : la mère ne lui a pas donné de pénis. Elle l'a faite manquante. Alors, elle s'identifie à sa mère et se met à aimer le père qui, lui, a un pénis ; elle veut obtenir de lui un "pénis de substitution" (= un enfant). Mais le père refusant d'épouser sa fille, la fille sort du complexe d'Oedipe en acceptant de diriger son amour vers un homme de sa génération.
Dans le 1er mode de formation de l'homosexualité :
Il n'y a pas de passage par le complexe d'Oedipe mais il y a un complexe d'Oedipe inversé :
- Pour le garçon, l'identification primaire au père se transforme en amour pour le père (il y a donc identification à la mère, c'est-à-dire qu'on est dans le même type d'amour pour le père que celui de la mère pour le père). Le garçon cherche à se faire aimer du père comme la mère est aimée du père.
- Pour la fille, l'identification primaire au père se maintient. Il y a donc un mode d'amour pour la mère qui est semblable au mode d'amour du père par rapport à la mère. L'identification secondaire est donc aussi sur le père. Que ce soit pour l'Oedipe ou pour l'Oedipe inversé, la sortie du complexe dépendra de la façon dont le père jouera ou non un rôle de séparateur. S'il ne joue pas ce rôle, le sujet, garçon ou fille, n'aura pas à se "déplacer".
2ème mode d'homosexualité :
Lorsque l'enfant prend conscience de la différence des sexes, dans ce type d'homosexualité, il n'arrive pas à admettre l'absence de sexe masculin chez la mère. Il est dans le déni par rapport à cela : il refuse d'admettre cette réalité. En conséquence, le sujet masculin devenu adulte choisira par exemple d'avoir des relations sexuelles avec un autre homme, mais un homme qui sera porteur de l'image maternelle; lui-même aura un comportement sexuel sur un mode féminin. Ce deuxième mode peut conduire au transsexualisme.
3ème mode d'homosexualité :
L'homosexuel cherche, dans l'amour donné à un homme plus jeune que lui, le prototype de l'amour qui lui a été donné ou refusé par sa propre mère quand il était garçon. Il aime ses partenaires comme sa mère l'a aimé, lui ; d'où le choix de partenaires plus jeunes, ce qui peut conduire à la pédophilie.
Conclusions :
En psychanalyse, on considère donc que l'homosexualité est un choix du sujet (choix inconscient, mais choix tout de même, par rapport à son désir). Freud avait déjà fait ce lien entre homosexualité et choix inconscient. Se basant sur ses observations cliniques, il refusa d'en faire une disposition innée ou naturelle (donc biologique) ou culturelle. Lacan et d'autres le suivirent dans cette pensée d'un choix inconscient. Dans la résolution normale du complexe d'Oedipe, l'enfant doit renoncer à ses désirs incestueux (et non pas les refouler), désirs le plus souvent inconscients. S'il ne le fait pas, cela apparaîtra dans le type de conjoint choisi, se manifestera à travers certains problèmes de couple ou à travers les névroses. C'est un positionnement qu'il a à prendre. Il en est de même de l'Oedipe inversé et des autres modes d'homosexualité : au départ, il y a un choix inconscient, une position que l'individu prend pour la gestion de son désir.
L'homosexualité peut-elle être "soignée"? Ce ne sera jamais l'objet d'une psychanalyse. Précisons que la psychanalyse s'adresse non pas à la question de la volonté mais à celle du désir (rappelons que le désir est pour la plupart du temps inconscient. Ce n'est pas le souhait, qui, lui, est conscient). La psychanalyse aidera le sujet à prendre conscience de son désir, désir qui le fait agir à son insu. Par cette prise de conscience, il pourra alors choisir de se positionner autrement (tout comme pourrait le faire un hétérosexuel qui, se rendant compte qu'il n'a pas renoncé à ses désirs incestueux lui causant névrose ou problèmes de couple, pourra s'il le souhaite renoncer à la réalisation de ces désirs devenus conscients). La psychanalyse n'est donc pas "la solution" à l'homosexualité ; mais elle peut être une aide par la mise en lumière des mécanismes et choix inconscients qui se jouent dans le sujet.
Comme synonyme d'idéalisation le dictionnaire propose embellir. L'idéalisation est un processus psychologique par lequel l'objet du désir, par exemple la personne aimée, est investi des caractéristiques exemplaires qu'il ne possède pas de manière objective. L'idéalisation consiste à embellir et a représenter la personne aimée ou l'objet désiré comme un modèle absolu de perfection.
Selon Freud, avec le moi et le ça, l'idéalisation fait partie des instances de la seconde topique freudienne. En psychanalyse la topique est un schéma, un système appartenant au psychisme profond et doué de caractères de fonctions particulières.
La première topique proposée par Freud en 1905 permettait de distinguer trois instances l'inconscient, le préconscient et le conscient. En 1920 Freud décrit la seconde topique qui comprend le ça, le moi, le surmoi et l'idéalisation.l'
Le surmoi, peut globalement être assimilé à un juge, un senseur susceptible de représenter la loi ou le rôle de la loi et le rôle du père. Par exemple la phrase : on n'agit pas comme ça est significative de ce modèle.
Le moi, plus précisément l'idéal du moi peut être assimilé à un modèle auquel on va tâcher de se conformer. Ainsi les parents représentent un modèle auquel on veut ressembler et imiter.
Plus précisément le moi représente la personnalité individuelle consciente (fonctions sociales ou professionnelles, rôles assumés ou joués, modèles empruntés au milieu socioculturel).
Pour Sigmund Freud, le terme moi possède deux sens distincts. Généralement le moi désigne la personnalité psychique dans son ensemble. En réalité Freud, vers 1920, finira par distinguer trois instances: le ça, le surmoi et le moi.
Au cours de son évolution un enfant aboutit à la perception d'une réalité se distinguant à la fois des autres, d’autrui et du milieu extérieur. Un enfant cherche toujours à s'identifier et à idéaliser ses parents mais aussi les autres adultes de son entourage. Ceci s'explique par ses besoins physiologiques et psychologiques qui vont dépendre directement de ces personnes idéalisées. L'enfant est directement dépendant de son entourage qui a ses yeux a une importance primordiale. Il va tenter, durant toute son enfance et parfois plus tardivement d'imiter, jusqu'à parfois créer une forme de fusion, de s’approprier les caractéristiques physiques et physiologiques de ses éducateurs.
C'est justement en cas d'exagération et de prolongation de tentative d'identification que l'on assiste à une forme de dépendance. Pourtant cette identification est utile à l'élaboration de la personnalité de l'enfant et consécutivement de l'adulte mais son excès est suceptible d'engendrer une problématique vévrotique. Donc si l'enfant n'obtient pas la différenciation dont la finalité est l'autonomie après la puberté, son moi ne se démarquera pas de ceux à qui il s'est identifié durant son enfance.
Concrètement la vie quotidienne nous permet de trouver des exemples d'absence de démarcation chez l'adulte. Ainsi le besoin de se référer constamment à l'autre, au sein d'un couple par exemple, est une dépendance psychique en rapport direct avec une forme d'idéalisation traduisant une maturation inachevée. Dans le même ordre d'idée en découle la notion d'autonomie psychique.
L'idéalisation ainsi est un processus psychanalytique par lequel l'objet du désir est investi défensivement par le sujet de qualité portés à la perfection. L'identification à l'objet (psychanalyse) idélisé contribue à la formation et à l'enrichissement des instances que sont le Moi idéal et l'idéal du Moi. pour les kleiniens, l'idéalisation est en lien avec l'envie dont elle est l'opposé, voire le pendant.
Bibliothèque de psychanalyse
L’idéalisation narcissique
(Herbert A. Rosenfeld)
Cliniquement, les relations d’objet narcissiques apparaissent souvent à l’analyste, et sont aussi vécues ou ressenties par le patient comme des relations idéales et désirables. Par exemple, au cours de l’analyse, la relation à la mère/cabinets est fréquemment ressentie comme idéale: en effet, le patient se trouve soulagé lorsque, au cours d’une séance, il peut se décharger immédiatement sur la personne de l’analyste de tout ce qui lui est désagréable.
Lorsqu’il s’attribue la possession de l’analyste, comme celle du sein qui l’a nourri, il s’attribue ainsi le mérite de toutes les interprétations satisfaisantes de l’analyste, et cette situation est vécue comme parfaite ou idéale parce qu’elle lui permet de renforcer, pendant la séance, le sentiment de sa propre valeur et de son importance.
Parfois, les patients narcissiques se représentent leur relation avec l’analyste comme idéale et mutuellement satisfaisante, l’identité du patient et celle de l’analyste ne s’y trouvant pas différenciées, situation qui rappelle la description que Freud a faite du sentiment océanique. Un autre exemple de l’idéalisation narcissique est celui du patient qui se sent aimé par tout le monde ou exige que tout le monde l’aime parce qu’il est tellement digne d’être aimé.
Tous ces patients semblent avoir en commun le sentiment qu’ils contiennent en eux tout le « bon » qui autrement serait éprouvé dans une relation à un objet. Généralement, nous rencontrons une image de soi fortement idéalisée qui domine la situation analytique; en même temps, tout ce qui peut venir déranger cette image est l’objet d’une défense rigoureuse et d’un déni omnipotent.
Sigmund FREUD
Pour introduire le narcissisme
(1914)
(3)
Les perturbations auxquelles est exposé le narcissisme originaire de l'enfant, ses réactions de défense contre ces perturbations, les voies dans lesquelles il est de ce fait forcé de s'engager, voilà ce que je voudrais laisser de côté, comme une matière importante qui attend encore qu’on s occupe de la travailler ; l'on peut cependant en extraire la pièce la plus importante, le " complexe de castration " (angoisse concernant le pénis chez le garçon, envie du pénis chez la fille) et en traiter en relation avec l’influence de l’intimidation sexuelle des premières années.
La recherche psychanalytique nous permet de suivre dans d’autres cas les destins des pulsions libidinales, lorsque celles-ci, isolées des pulsions du moi, se trouvent en opposition avec elles; mais, dans le domaine du complexe de castration, elle nous permet de remonter par le raisonnement à une époque et à une situation psychique où les deux sortes de pulsions agissent encore à l'unisson et se présentent comme intérêts narcissiques dans un mélange indissociable. A. Adler a tiré de ce contexte sa " protestation virile " qu'il érige presque en l'unique force de pulsion qui agisse dans la formation des névroses et aussi du caractère ; il ne la fonde pas sur une tendance narcissique, qui serait donc encore libidinale, mais sur une valorisation sociale.
Du point de vue de la recherche psychanalytique, l'existence et l'importance de la "protestation virile " ont été reconnues dés le début, mais la thèse de sa nature narcissique et de son origine dans le complexe de castration a été défendue contre Adler. La "protestation virile" appartient à la formation du caractère dans la genèse duquel elle entre, à côté de nombreux autres facteurs, et elle est rigoureusement inapte à éclaircir les problèmes des névroses dans lesquelles Adler ne veut rien considérer d'autre que la manière dont elles servent l'intérêt du moi.
Je trouve tout à fait impossible de fonder la genèse de la névrose sur la base étroite du complexe de castration, quelle que soit, chez les sujets masculins, sa puissance lorsqu'il entre en jeu parmi les résistances à la guérison de la névrose. Enfin je connais même des cas de névrose où la "protestation virile", ou bien à notre sens le complexe de castration, ne joue pas de rôle pathogène, voire n'apparaît pas du tout.
L'observation de l'adulte normal montre que son délire des grandeurs d'autrefois s'est amorti et que les caractères psychiques se sont effacés qui nous avaient fait conclure à son narcissisme infantile. Qu'est-il advenu de sa libido du moi ? Devons-nous admettre que tout son quantum est passé dans des investissements d'objet ? Une telle possibilité vient manifestement en contradiction avec toute la ligne du présent développement; mais nous pouvons aussi aller chercher dans la psychologie du refoulement l'indication d'une autre réponse à cette question.
Nous avons appris que des motions pulsionnelles subissent le destin du refoulement pathogène, lorsqu'elles viennent en conflit avec les représentations culturelles et éthiques de l'individu. Par cette condition, nous n'entendons jamais que la personne a de l'existence de ces représentations une simple connaissance intellectuelle, mais toujours qu'elle les reconnaît comme faisant autorité pour elle, qu'elle se soumet aux exigences qui en découlent. Le refoulement, avons-nous dit, provient du moi; nous pourrions préciser de l'estime de soi qu'a le moi. Les mêmes impressions, expériences, impulsions, motions de désir auxquels tel homme laisse libre cours en lui ou que du moins il élabore consciemment, sont repoussées par tel autre avec la plus grande indignation, ou sont déjà étouffées avant d'avoir pu devenir conscientes.
Mais la différence entre ces deux sujets, qui contient la condition du refoulement, peut s'exprimer facilement en des termes qui permettent de la soumettre à la théorie de la libido. Nous pouvons dire que l'un a établi en lui un idéal auquel il mesure son moi actuel, tandis que chez l'autre une telle formation d'idéal est absente. La formation d'idéal serait du côté du moi la condition du refoulement.
C'est à ce moi idéal que s'adresse maintenant l'amour de soi dont jouissait dans l'enfance le moi réel. Il apparaît que le narcissisme est déplacé sur ce nouveau moi idéal qui se trouve, comme le moi infantile, en possession de toutes les perfections. Comme c'est chaque fois le cas dans le domaine de la libido, l'homme s est ici montré incapable de renoncer à la satisfaction dont il a joui une fois.
Il ne veut pas se passer de la perfection narcissique de son enfance; s'il n'a pas pu la maintenir, car, pendant son développement, les réprimandes des autres l'ont troublé et son propre jugement s'est éveillé, il cherche à la regagner sous la nouvelle forme de l'idéal du moi. Ce qu'il projette devant lui comme son idéal est le substitut du narcissisme perdu de son enfance ; en ce temps-là, il était lui-même son propre idéal.
Nous trouvons ici l'occasion d'examiner les rapports de cette formation d'idéal et de la sublimation. La sublimation est un processus qui concerne la libido d'objet et consiste en ce que la pulsion se dirige sur un autre but, éloigné de la satisfaction sexuelle; l'accent est mis ici sur la déviation qui éloigne du sexuel. L'idéalisation est un processus qui concerne l'objet et par lequel celui-ci est agrandi et exalté psychiquement sans que sa nature soit changée.
L'idéalisation est possible aussi bien dans le domaine de la libido du moi que dans celui de la libido d'objet. Par exemple, la surestimation sexuelle de l'objet est une idéalisation de celui-ci. Ainsi, pour autant que sublimation désigne un processus qui concerne la pulsion et idéalisation un processus qui concerne l'objet, on doit maintenir les deux concepts séparés l'un de l'autre.
La formation de l'idéal du moi est souvent confondue avec la sublimation des pulsions, au détriment d'une claire compréhension. Tel qui a échangé son narcissisme contre la vénération d'un idéal du moi élevé n'a pas forcément réussi pour autant à sublimer ses pulsions libidinales. L'idéal du moi requiert, il est vrai, cette sublimation mais il ne peut l'obtenir de force ; la sublimation demeure un processus particulier; l'idéal peut bien l'inciter à s'amorcer mais son accomplissement reste complètement indépendant d'une telle incitation.
On trouve justement chez les névrosés les plus grandes différences de tension entre le développement de l'idéal du moi et la quantité de sublimation de leurs pulsions libidinales primitives, et, en général, il est bien plus difficile de convaincre l'idéaliste de ce que sa libido reste logée dans une position inappropriée que d'en convaincre l'homme simple qui est resté modéré dans ses prétentions. Formation d'idéal et sublimation ont aussi des relations tout à fait différentes avec les facteurs déterminant la névrose. La formation d'idéal augmente, comme nous l'avons vu, les exigences du moi, et c'est elle qui agit le plus fortement en faveur du refoulement ; la sublimation représente l'issue qui permet de satisfaire à ces exigences sans amener le refoulement.
Il ne serait pas étonnant que nous trouvions une instance psychique particulière qui accomplisse la tâche de veiller à ce que soit assurée la satisfaction narcissique provenant de l'idéal du moi, et qui, dans cette intention, observe sans cesse le moi actuel et le mesure à l'idéal. Si une telle instance existe, il est impossible qu'elle soit l'objet d'une découverte inopinée; nous ne pouvons que la reconnaître comme telle et nous pouvons nous dire que ce que nous nommons notre conscience morale possède cette caractéristique.
La reconnaissance de cette instance nous permet de comprendre les idées délirantes où le sujet se croit au centre de l'attention des autres ou, pour mieux dire, le délire d'observation qui présente une telle netteté dans la symptomatologie des affections paranoïdes mais peut aussi se produire comme affection isolée ou bien de façon sporadique dans une névrose de transfert. Les malades se plaignent alors de ce qu'on connaisse toutes leurs pensées, qu'on observe et surveille leurs actions; ils sont avertis du fonctionnement souverain de cette instance par des voix qui leur parlent, de façon caractéristique, à la troisième personne (" maintenant elle pense encore à cela "; maintenant il s'en va ").
Cette plainte est justifiée, elle décrit la vérité; il existe effectivement, et cela chez nous tous dans la vie normale, une puissance de cette sorte qui observe, connaît, critique toutes nos intentions. Le délire d'observation la présente sous une forme régressive, dévoilant ainsi sa genèse et la raison qui pousse le malade à s'insurger contre elle.
Ce qui avait incité le sujet à former l'idéal du moi dont la garde est remise à la conscience morale, c'était justement l'influence critique des parents telle qu'elle se transmet par leur voix; dans le cours des temps sont venus s'y adjoindre les éducateurs, les professeurs et la troupe innombrable et indéfinie de toutes les autres personnes du milieu ambiant (les autres, l'opinion publique).
De grandes quantités d'une libido essentiellement homosexuelle furent ainsi attirées pour former l'idéal du moi narcissique, et elles trouvent, en le maintenant, à se dériver et à se satisfaire. L'institution de la conscience morale était au fond l'incarnation en un premier temps de la critique des parents, et plus tard de la critique de la société; le même processus se répète lorsqu'une tendance au refoulement trouve son origine dans une défense ou un obstacle qui étaient tout d'abord extérieurs.
Les voix, ainsi que cette foule laissée indéterminée, viennent maintenant au premier plan, du fait de la maladie, de sorte que l'histoire du développement de la conscience morale se reproduit régressivement. Quant à la rébellion contre cette instance de censure, elle provient de ce fait, conforme au caractère fondamental de la maladie, que la personne veut se dégager de toutes Ces influences, à commencer par celle des parents, et qu'elle en retire sa libido homosexuelle. Sa conscience morale lui revient alors, sous une figure régressive, comme action hostile de l'extérieur.
Les doléances de la paranoïa montrent aussi que l'autocritique de la conscience morale coïncide au fond avec l'auto-observation sur laquelle elle est construite. La même activité psychique qui a pris en charge la fonction de la conscience morale s'est aussi mise au service de l'introspection qui livre à la philosophie le matériel pour ses opérations de pensée. Cela n'est peut-être pas sans rapport avec la tendance caractéristique des paranoïaques à construire des systèmes spéculatifs.
Il sera certainement important de pouvoir reconnaître dans d'autres domaines encore les indices de l'activité de cette instance qui observe, critique, et s'est haussée à la dignité de conscience morale et d'introspection philosophique. Je me réfère ici à ce que H. Silberer a décrit comme "phénomène fonctionnel ", l'un des rares additifs à la doctrine des rêves dont la valeur soit incontestable.
Silberer a montré, on le sait, que l'on peut observer directement, dans les états situés entre le sommeil et la veille, la transposition des pensées en images visuelles, mais qu'en de telles circonstances l'image qui apparaît ne représente pas en général le contenu de pensée, mais l'état (bonne disposition, fatigue, etc.) dans lequel se trouve la personne qui lutte contre le sommeil.
De même il a montré que, plus d'une fois, la terminaison du rêve ou certains passages du contenu du rêve ne signifiaient rien d'autre que l'autoperception du sommeil et de l'éveil. Il a ainsi prouvé la participation de l'auto-observation - au sens du délire d'observation paranoïaque - à la formation du rêve. Cette participation est Inconstante; le l'avais négligée vraisemblablement parce qu'elle ne louait pas un grand rôle dans mes propres rêves; chez les personnes douées pour la philosophie et habituées à l'introspection, cette participation peut devenir très évidente.
Nous avons découvert, souvenons-nous-en, que la formation du rêve se produit sous la domination d'une censure qui contraint les pensées du rêve à subir une déformation. Sous cette censure nous ne nous représentons pourtant pas une puissance spéciale, mais nous choisissons cette expression pour désigner un aspect particulier des tendances qui dominent le moi et qui refoulent leur face qui est tournée vers les pensées du rêve.
Si nous pénétrons plus avant dans la structure du moi, nous pouvons reconnaître encore le censeur du rêve dans l'idéal du moi et dans les manifestations dynamiques de la conscience morale. Si ce censeur est un peu en état d'alerte même pendant le sommeil, nous comprendrons que l'auto-observation et l'autocritique, que présuppose son activité, apportent leur contribution au contenu du rêve dans des contenus tels que : maintenant, il est trop endormi pour penser - maintenant, il s'éveille.
Nous pouvons, à partir d'ici, tenter de discuter le problème du sentiment d'estime de soi chez le normal et chez le névrosé.
Le sentiment d'estime de soi nous apparaît tout d'abord comme expression de la grandeur du moi, sans qu'entrent en considération les éléments dont cette grandeur se compose. Tout ce qu'on possède ou qu'on atteint, tout reste du sentiment primitif d'omnipotence que l'expérience a confirmé, contribue à augmenter le sentiment d'estime de soi.
Si nous introduisons ici notre distinction entre pulsions sexuelles et pulsions du moi, nous devons reconnaître que le sentiment d'estime de soi dépend, de façon tout à fait intime, de la libido narcissique. Nous nous appuyons ici sur ces deux faits fondamentaux le sentiment d'estime de soi est augmenté dans les paraphrénies, abaissé dans les névroses de transfert; dans la vie amoureuse, ne pas être aimé rabaisse le sentiment d'estime de soi, être aimé l'élève. Nous avons indiqué qu'être aimé représente le but et la satisfaction dans le choix d'objet narcissique.
De plus il est facile d'observer que l'investissement de libido sur les objets n'élève pas le sentiment d'estime de soi. La dépendance par rapport à l'objet aimé a pour effet d'abaisser ce sentiment; l'amoureux est humble et soumis. Celui qui aime a, pour ainsi dire, payé amende d'une partie de son narcissisme, et il ne peut en obtenir le remplacement qu'en étant aimé. Sous tous ces rapports le sentiment d'estime de soi semble rester en relation avec l'élément narcissique de la vie amoureuse.
La perception de son impuissance, de sa propre incapacité d'aimer par suite de troubles psychiques ou somatiques, agit au plus haut degré pour abaisser le sentiment d'estime de soi. C'est ici qu'il faut chercher, à mon avis, l'une des sources de ces sentiments d'infériorité que les malades souffrant d'une névrose de transfert font si volontiers connaître. Mais la source principale de ces sentiments est l'appauvrissement du moi résultant du fait que des investissements libidinaux extraordinairement grands sont retirés au moi, donc la blessure infligée au moi par les tendances sexuelles qui ne sont plus soumises à contrôle.
A. Adler a eu raison de faire valoir que la perception par quelqu'un de ses propres infériorités d'organe éperonne la vie psychique, lorsqu'elle a de la ressource, et accroît son rendement par la voie de la surcompensation. Mais ce serait une complète exagération que de rapporter, à l'exemple d'Adler, toute production d'un bon rendement à cette condition d'une infériorité d'organe originaire. Tous les peintres ne sont pas affligés de troubles visuels, tous les orateurs n'ont pas commencé par bégayer.
Chez une foule de personnes un rendement excellent se fonde sur des dons organiques de premier ordre. L'infériorité d'organe et les atrophies jouent dans l'étiologie des névroses un rôle insignifiant, du même ordre que, dans la formation du rêve, le matériel perceptif actuel. La névrose s'en sert comme prétexte, comme elle se sert de tout autre facteur disponible.
Au moment où l'on vient d'accorder crédit à une névrosée qui affirme qu'elle devait inévitablement tomber malade parce qu'elle est laide, mal faite et sans charme si bien que personne ne peut l'aimer, la patiente suivante nous détrompe elle persévère en effet dans sa névrose et son aversion pour la sexualité, bien qu'elle semble désirable et soit en fait désirée plus que la moyenne des femmes. La majorité des femmes hystériques comptent parmi les représentantes de leur sexe qui sont attirantes et même belles, et à l'inverse les laideurs, atrophies d'organe, infirmités que l'on trouve en quantité dans les classes inférieures de notre société n'accroissent en rien la fréquence des affections névrotiques parmi elles.
Les relations du sentiment d'estime de soi avec l'érotisme (c'est-à-dire avec les investissements libidinaux d'objet, se laissent exprimer dans les formules suivantes il faut distinguer deux cas, selon que les investissements d'amour sont conformes aumoi ou au contraire ont subi un refoulement. Dans le premier cas (utilisation conforme au moi de la libido) aimer est valorisé comme toute autre activité du moi. Aimer, en soi, comme désir ardent et privation, abaisse le sentiment d'estime de soi; être aimer, aimé de retour, posséder l'objet aimé relève ce sentiment.
Quand la libido est refoulée, l'investissement d'amour est ressenti comme un sévère amoindrissement du moi, la satisfaction amoureuse est impossible, le réenrichissement du moi n'est possible qu'en retirant la libido des objets. Le retour au moi de la libido d'objet, sa transformation en narcissisme, représente en quelque sorte le rétablissement d'un amour heureux, et inversement un amour réel heureux répond à l'état originaire où libido d'objet et libido du moi ne peuvent être distinguées l'une de l'autre.
L'importance de notre objet d'étude et l'impossibilité d'en prendre une vue d'ensemble justifiera peut-être que j'ajoute quelques autres propositions dans un ordre plus décousu.
Le développement du moi consiste à s'éloigner du narcissisme primaire, et engendre une aspiration intense à recouvrer ce narcissisme. Cet éloignement se produit par le moyen du déplacement de la libido sur un idéal du moi imposé de l'extérieur, la satisfaction par l'accomplissement de cet idéal.
En même temps le moi a émis les investissements libidinaux d'objet. Il se trouve appauvri au bénéfice de ces investissements ainsi que de l'idéal du moi, et il s'enrichit à nouveau par les satisfactions objectales ainsi que par l'accomplissement de l'idéal.
Une part du sentiment d'estime de soi est primaire, c'est le reste du narcissisme infantile, une autre partie a son origine dans ce que l'expérience confirme de notre toute-puissance (accomplissement de l'idéal du moi), une troisième partie provient de la satisfaction de la libido d'objet.
L'idéal du moi a soumis à des conditions sévères la satisfaction libidinale en rapport avec les objets, en faisant refuser par son censeur une partie de cette satisfaction, comme inconciliable. Quand un tel idéal ne s'est pas développé, la tendance sexuelle en question pénètre telle quelle, comme perversion, dans la personnalité. Etre à nouveau, comme dans l'enfance, et également en ce qui concerne les tendances sexuelles, son propre idéal, voilà le bonheur que veut atteindre l'homme.
La passion amoureuse consiste en un débordement de la libido du moi sur l'objet. Elle a la force de supprimer les refoulements et de rétablir les perversions. Elle élève l'objet sexuel au rang d'idéal sexuel. Elle se produit, dans le type objectal ou par étayage, sur la base de l'accomplissement de conditions déterminant l'amour infantile, ce qui nous autorise à dire : ce qui accomplit cette condition déterminant l'amour est idéalisé.
L'idéal sexuel peut entrer dans une relation d'assistance intéressante avec l'idéal du moi. Lorsque la satisfaction narcissique se heurte à des obstacles réels l'idéal sexuel peut servir à une satisfaction substitutive. L'on aime alors, selon le type de choix narcissique, ce que l'on a été et qu'on a perdu, ou bien ce qui possède les perfections que l'on n'a pas du tout.
La formule parallèle à la précédente s'énonce ainsi : ce qui possède la qualité éminente qui manque au moi pour atteindre l'idéal, est aimé. Un tel expédient a une importance particulière pour le névrosé, qui, par le fait de ses investissements d'objet excessifs, s'appauvrit dans son moi, et est hors d'état d'accomplir son idéal du moi. Après avoir dissipé sa libido sur les objets, il cherche alors une voie pour revenir au narcissisme, en se choisissant, selon le type narcissique, un idéal sexuel qui possède les perfections qu'il ne peut atteindre.
En effet, il ne peut croire à un autre mécanisme de guérison, apporte la plupart du temps dans la cure son attente de ce mécanisme-là, et dirige cette attente sur la personne du médecin qui le traite. Ce plan de guérison se heurte naturellement à l'incapacité d'aimer du malade, conséquence de ses refoulements étendus. Lorsqu'à l'aide du traitement on l'a, dans une certaine mesure, débarrassé de ceux-ci, on voit en général se produire cette conséquence qu'on n'avait pas visée : le malade se dérobe maintenant à la poursuite du traitement pour faire un choix amoureux, laissant à sa vie commune avec la personne aimée le soin d'achever son rétablissement. L'on pourrait se satisfaire de cette issue, si elle ne comportait tous les dangers d'une dépendance accablante envers ce sauveur.
De l'idéal du moi une voie importante conduit à la compréhension de la psychologie collective. Outre son côté individuel, cet idéal a un côté social, c'est également l'idéal commun d'une famille, d'une classe, d'une nation. Outre la libido narcissique, il a lié un grand quantum de la libido homosexuelle d'une personne, libido qui, par cette voie est retournée dans le moi. L'insatisfaction qui résulte du non-accomplissement de cet idéal, libère de la libido homosexuelle, qui se transforme en conscience de culpabilité (angoisse sociale). La conscience de culpabilité était originellement l'angoisse d'être châtié par les parents, ou, plus exactement de perdre leur amour; aux parents est venue plus tard se substituer la foule indéterminée de nos compagnons.
On comprend mieux ainsi pourquoi la paranoïa est souvent causée par une atteinte du moi, par une frustration de la satisfaction dans le domaine de l'idéal du moi; on comprend mieux aussi la conjonction de la formation d'idéal et de la sublimation dans l'idéal du moi, la rétrogradation des sublimations et l'éventuel remaniement des idéaux dans les affections paraphréniques.