Chacun de nos rêves est le reflet de notre âme.
Mohamed Chéguenni
vendredi 23 septembre 2011
Deuxième rêve de Descartes
Un coup de tonnerre
Dans cette situation il se rendormit après un intervalle de près de
deux heures dans des pensées diverses sur les biens et les maux de ce
monde.
Il lui vint aussitôt un nouveau songe dans lequel il crut
entendre un bruit aigu et éclatant qu’il prit pour un coup de tonnerre.
La frayeur qu’il en eut le réveilla sur l’heure même : et ayant ouvert
les yeux, il aperçut beaucoup d’étincelles de feu répandues par la
chambre. La chose lui était déjà souvent arrivée en d’autres temps et il
ne lui était pas fort extraordinaire en se réveillant au milieu de la
nuit d’avoir les yeux assez étincelants, pour lui faire entrevoir les
objets les plus proches de lui. Mais en cette dernière occasion il
voulut recourir à des raisons prises de la philosophie : et il en tira
des conclusions favorables pour son esprit, après avoir observé en
ouvrant, puis en fermant les yeux alternativement, la qualité des
espèces qui lui étoient représentées. Ainsi sa frayeur se dissipa, et il
se rendormit dans un assez grand calme.
Contexte Ce
rêve se situe juste à la suite du premier songe et sert de transition
avec le troisième, qui suit immédiatement. Descartes en fera lui-même
l’interprétation à la fin du troisième songe.
Texte original
Dans
cette situation il se rendormit aprés un intervalle de prés de deux
heures dans des pensées diverses sur les biens et les maux de ce monde.
Il lui vint aussitôt un nouveau songe dans lequel il crût entendre un
bruit aigu et éclatant qu’il prit pour un coup de tonnére. La frayeur
qu’il en eut le réveilla sur l’heure même : et ayant ouvert les yeux, il
apperçût beaucoup d’étincelles de feu répanduës par la chambre. La
chose lui étoit déja souvent arrivée en d’autres têms : et il ne lui
étoit pas fort extraordinaire en se réveillant au milieu de la nuit
d’avoir les yeux assez étincellans, pour lui faire entrevoir les objets
les plus proches de lui. Mais en cette derniére occasion il voulut
recourir à des raisons prises de la philosophie : et il en tira des
conclusions favorables pour son esprit, aprés avoir observé en ouvrant,
puis en fermant les yeux alternativement, la qualité des espéces qui lui
étoient représentées. Ainsi sa frayeur se dissipa, et il se rendormit
dans un assez grand calme.
mercredi 21 septembre 2011
Premier rêve de Descartes
Aux prises avec le vent
Il nous apprend que le dixième de novembre mil six cent dix-neuf, s’étant couché tout rempli de son enthousiasme, et tout occupé de la pensée d’avoir trouvé ce jour là les fondements de la science admirable, il eut trois songes consécutifs en une seule nuit, qu’il s’imagina ne pouvoir être venus que d’en haut.
Après
s’être endormi, son imagination se sentit frappée de la représentation
de quelques fantômes qui se présentérent à lui, et qui l’épouvantérent
de telle sorte, que croyant marcher par les rues, il étoit obligé de se
renverser sur le côté gauche pour pouvoir avancer au lieu où il vouloit
aller, parce qu’il sentait une grande foiblesse au côté droit dont il ne
pouvoit se soutenir. Etant honteux de marcher de la sorte, il fit un
effort pour se redresser : mais il sentit un vent impétueux qui
l’emportant dans une espèce de tourbillon lui fit faire trois ou quatre
tours sur le pied gauche. Ce ne fut pas encore ce qui l’épouvanta. La
difficulté qu’il avoit de se traîner faisait qu’il croyait tomber à
chaque pas, jusqu’à ce qu’ayant aperçu un collège ouvert sur son chemin,
il entra dedans pour y trouver une retraite, et un remède à son mal. Il
tâcha de gagner l’église du collège, où sa première pensée était
d’aller faire sa prière : mais s’étant apperçu qu’il avait passé un
homme de sa connaissance sans le saluer, il voulut retourner sur ses pas
pour lui faire civilité, et il fut repoussé avec violence par le vent
qui soufflait contre l’église. Dans le même temps il vit au milieu de la
cour du collège une autre personne qui l’appela par son nom en des
termes civils et obligeants : et lui dit que s’il vouloit aller trouver
Monsieur N. il avoit quelque chose à lui donner. M. Descartes s’imagina
que c’était un melon qu’on avoit apporté de quelque pays étranger. Mais
ce qui le surprit davantage, fut de voir que ceux qui se rassemblaient
avec cette personne autour de lui pour s’entretenir, étaient droits et
fermes sur leurs pieds : quoiqu’il fût toujours courbé et chancelant sur
le même terrain, et que le vent qui avait pensé le renverser plusieurs
fois eût beaucoup diminué. Il se réveilla sur cette imagination, et il
sentit à l’heure même une douleur effective, qui lui fit craindre que ce
ne fût l’opération de quelque mauvais génie qui l’aurait voulu séduire.
Aussitôt il se retourna sur le côté droit, car c’étoit sur le gauche
qu’il s’étoit endormi, et qu’il avoit eu le songe. Il fit une prière à
Dieu pour demander d’être garanti du mauvais effet de son songe, et
d’être préservé de tous les malheurs qui pourraient le menacer en
punition de ses péchés, qu’il reconnoissait pouvoir être assez graves
pour attirer les foudres du ciel sur sa tête, quoiqu’il eût mené
jusques-là une vie assez irréprochable aux yeux des hommes.
Contexte Descartes
eut ces songes en novembre 1619, à l’âge de 23 ans, alors qu’il était
engagé comme soldat dans les troupes du duc de Bavière, et stationné à
Ulm, sur les bords du Danube. Le récit initial que fit Descartes de ces
rêves étant perdu, ils ne nous sont plus connus que par la biographie de
Baillet.
Ce premier songe est suivi d’un deuxième et d’un troisième, ainsi que d’une interprétation par Descartes.
Commentaires Descartes
eut ces songes en novembre 1619, à l’âge de 23 ans, alors qu’il était
engagé comme soldat dans les troupes du duc de Bavière, et stationné à
Ulm, sur les bords du Danube.
Ce premier songe est suivi d’un deuxième et d’un troisième, ainsi que d’une interprétation par Descartes.
De
nombreuses interprétations ont été tentées. Une chose est certaine :
ces songes jouent un rôle capital dans la pensée de Descartes et on
parle fort justement à leur propos de «songes initiatiques».
En 1928, Maxime Leroy avait reçu une réponse évasive de Freud à qui il avait demandé d’examiner ce rêve. Interprétation de Freud Freud ne se prononce que sur le premier rêve :
«Notre
philosophe les interprète lui-même et, nous conformant à toutes les
règles de l'interprétation des rêves, nous devons accepter son
explication, mais il faut ajouter que nous ne disposons pas d'une voie
qui nous conduit au-delà. Confirmant son explication, nous dirons que
les entraves qui empêchent Descartes de se mouvoir avec liberté nous
sont absolument connues: c'est la confirmation par le rêve d'un conflit
intérieur. Le côté gauche est la représentation du mal et du péché, et
le vent, celle du mauvais génie. Pour ce qui est du melon, le rêveur a
eu l'idée originale de figurer de la sorte les charmes de la solitude.
Ce n'est certainement pas exact mais ce pourrait être une association
d'idées qui mènerait sur la voie d'une explication exacte. En
corrélation avec son état de péché, cette association pourrait figurer
une représentation sexuelle qui a occupé l'imagination du jeune
solitaire.» Jacques Maritain a consacré à ces rêves une conférence en 1920, reprise dans Le songe de Descartes, Paris, Buchet-Chastel, 1965. Sophie Jama
en propose une lecture ethnologique en s’intéressant aux «cadres
sociaux de la pensée onirique» et en accordant la plus grande attention
au corps de connaissances circulant dans la société de Descartes ainsi
qu’au symbolisme du calendrier, «voie royale d’accès au populaire». La nuit de songes de René Descartes, Paris, Aubier, 1998. Interprétation de Marie-Louise von Franz «[...] la peur
le contraint à se courber fortement vers la gauche (ou même à se jeter
sur le sol ?). Ce trait doit également être compris avant tout comme une
compensation: l'inconscient veut le pousser vers la gauche, du côté
«sinistre», féminin, qu'il ignore et méprise à l'excès. Descartes,
effrayé, se penche donc vers la gauche. Il faut en déduire, ce qui est
digne de remarque, que les esprits apparaissent non pas sur la gauche
(où, mythologiquement parlant, ils seraient davantage à leur place),
mais sur la droite. La raison en est manifestement qu'il existait à
droite un point faible, une porte ouverte aux contenus de l'inconscient.
L'inconscient le chasse vers la gauche, car il a lui-même tendance à
trop se tourner vers la droite, ce qui correspond également à une
inconscience: la conscience est un phénomène du milieu, qui se situe
entre l'instinct et l'esprit. [138]
Les deux pôles sont en fin de
compte transcendants par rapport à la conscience. On pourrait dire à
cet égard que, dans sa méditation intense, Descartes s'était trop
approché du pôle spirituel, ce qui l'avait rendu trop inconscient sur ce
plan, car possédé par des contenus archétypiques. C'est pourquoi il
éprouvait «une grande faiblesse du côté droit» : l'apparition onirique
cherche à le corriger en le ramenant vers la gauche. En outre, elle le
force à s'incliner profondément afin d'équilibrer son «enthousiasme»
quelque peu inflationniste (en effet, comme le dit Maritain, il croyait
être appelé à réformer toute la science de son époque). [139] Le melon [...]
le principe obscur du Yin est symbolisé par le melon. Celui-ci a donc
ici quelque chose à voir avec l'image d'une anima obscure, prostituée,
représentant un élément de la nature demeuré sauvage et inassimilé qui
se révèle par suite dangereux pour les ordres humains conventionnels.
[146]
L'odeur agréable, le goût et la jolie couleur du melon sont
(d'après saint Augustin) les raisons qui faisaient ranger ce fruit parmi
les «trésors en or de Dieu». En tant que fruit porteur de lumière, il
évoque le rôle de la pomme du paradis dont l'absorption procure aux
hommes la connaissance du Bien et du Mal qui était jusqu'alors réservée à
Dieu seul. Cette pomme contient en germe la possibilité du passage à la
conscience par la connaissance de l'opposition du bien et du mal. Il
est à peu près certain que la signification manichéenne du melon n'était
pas ignorée de Descartes, car il connaissait le traité de saint
Augustin De Genesi contra Manichaeos et avait sans doute lu les
autres textes du saint composés contre ces adversaires. Le melon aurait
donc pu signifier pour lui - comme la pomme du paradis - une tentative
de réflexion plus approfondie sur le problème du bien et du mal et,
contrairement à la conception chrétienne du mal considéré comme privatio
boni ou absence de bien, une tentative de reconnaître avec les
Manichéens la réalité divine du mal. [148]
En même temps, le melon est l'élément féminin médiateur entre le côté chrétien de Descartes et son côté non chrétien. [149]
Le
réseau de nervures vertes du melon ressemble aux méridiens du globe, et
l'on peut donc voir dans le melon une sorte de «microcosme». Il est une
image du «firmament» intérieur, c'est-à-dire de la totalité psychique
qui se manifeste ici en tant que pôle opposé au rêveur fasciné par les
phénomènes du macrocosme. [152]
L'inconscient projette donc
d'utiliser Descartes comme intermédiaire et de lui faire remettre le
melon à Monsieur N. En d'autres termes, le rêveur doit se soucier
consciemment des besoins de son ombre, lui fournir la nourriture, comme
un auditor à son electus. »[155]
Marie-Louise von Franz, Rêves d'hier et d'aujourd'hui Paris, Albin Michel, 1992.
Texte original Il
nous apprend que le dixiéme de novembre mil six cent dix-neuf, s’étant
couché tout rempli de son enthousiasme, et tout occupé de la pensée
d’avoir trouvé ce jour là les fondemens de la science admirable, il eut
trois songes consécutifs en une seule nuit, qu’il s’imagina ne pouvoir
être venus que d’enhaut. Aprés s’être endormi, son imagination se sentit
frappée de la représentation de quelques fantômes qui se présentérent à
lui, et qui l’épouvantérent de telle sorte, que croyant marcher par les
ruës, il étoit obligé de se renverser sur le côté gauche pour pouvoir
avancer au lieu où il vouloit aller, parce qu’il sentoit une grande
foiblesse au côté droit dont il ne pouvoit se soutenir. Etant honteux de
marcher de la sorte, il fit un effort pour se redresser : mais il
sentit un vent impétueux qui l’emportant dans une espéce de tourbillon
lui fit faire trois ou quatre tours sur le pied gauche. Ce ne fut pas
encore ce qui l’épouvanta. La difficulté qu’il avoit de se traîner
faisoit qu’il croioit tomber à chaque pas, jusqu’à ce qu’ayant apperçû
un collége ouvert sur son chemin, il entra dedans pour y trouver une
retraite, et un reméde à son mal. Il tâcha de gagner l’eglise du
collége, où sa prémiére pensée étoit d’aller faire sa priére : mais
s’étant apperçu qu’il avoit passé un homme de sa connoissance sans le
saluër, il voulut retourner sur ses pas pour lui faire civilité, et il
fut repoussé avec violence par le vent qui souffloit contre l’eglise.
Dans le même tems il vit au milieu de la cour du collége une autre
personne qui l’appella par son nom en des termes civils et obligeans :
et lui dit que s’il vouloit aller trouver Monsieur N il avoit quelque
chose à lui donner. M Descartes s’imagina que c’étoit un melon qu’on
avoit apporté de quelque païs étranger. Mais ce qui le surprit
d’avantage, fut de voir que ceux qui se rassembloient avec cette
personne autour de lui pour s’entretenir, étoient droits et fermes sur
leurs pieds : quoi qu’il fût toujours courbé et chancelant sur le même
terrain, et que le vent qui avoit pensé le renverser plusieurs fois eût
beaucoup diminué. Il se réveilla sur cette imagination, et il sentit à
l’heure même une douleur effective, qui lui fit craindre que ce ne fût
l’opération de quelque mauvais génie qui l’auroit voulu séduire.
Aussi-tôt il se retourna sur le côté droit, car c’étoit sur le gauche
qu’il s’étoit endormi, et qu’il avoit eu le songe. Il fit une priére à
Dieu pour demander d’être garanti du mauvais effet de son songe, et
d’être préservé de tous les malheurs qui pourroient le menacer en
punition de ses péchez, qu’il reconnoissoit pouvoir étre assez griefs
pour attirer les foudres du ciel sur sa tête : quoiqu’il eût mené
jusques-là une vie assez irréprochable aux yeux des hommes..
samedi 17 septembre 2011
Oniromancie
L'oniromancie ou onéiromancie (provient d'un mot grec signifiant songe et divination) est un art divinatoire utilisant les rêves.
Cette discipline tenait une place importante dans l'Égypte
antique puisque, selon un livre de sagesse, les dieux auraient créé les
songes pour délivrer des messages aux hommes. En Chine, les Mémoires du Coffret de Jade sont une compilation de rêves prémonitoires.
Par son caractère imprévisible et incontrôlable, et par son absence
apparente de logique, le rêve est un phénomène qui a toujours plus ou
moins fasciné les hommes. Les recherches médicales sur le rêve et le
sommeil en général étant loin d'être exhaustives (on sait simplement que
le rêve joue un rôle dans l'organisation et « l'absorption » des
informations assimilées dans la journée précédente), de nombreux arts
divinatoires, religieux ou non, et même quelques pseudo-sciences ont cherché à décrypter les rêves, parfois qualifiés de « prémonitoires », à leur manière.