vendredi 19 août 2011

Rêver de religieuses


S.

bonjour,
j'ai rêvé que j'allais à un repas de famille. Une grande table est dressée avec ma famille attablée en train de déjeuner, même des tantes que je n'ai pas vu depuis longtemps.
Je plaisante avec tout le monde en faisant le tour de la table pour saluer tout le monde. J'arrive sur un groupe de religieuses attablées (environ 4 ) à qui je ne peux pas dire bonjour car elle sont en prière silencieuse, tête baissée et yeux fermés. Elles ont été invitées.
Je me sens un peu contrarié de ne pas pouvoir les saluer en me disant "que vont-elles penser de moi, me verront-elles comme une impolie?"


Mohamed Chéguenni :

Bonjour S.,

Pouvez-vous répondre aux questions suivantes:

- Y a-t-il eu récemment un repas chez vous, avec votre famille, ou des amis ?
- De quelle nature sont vos relations avec vos tantes ? Avez-vous eu jadis des problèmes avec elles ? Avez-vous quelque chose à leur reprocher ou ont-elles quelque chose à vous reprocher ?
- Ces tantes évoquent-elles pour vous des problèmes particuliers que vous auriez rencontrés avec d'autres membres de votre famille qui leur sont apparentés ?
- La religion est-elle absente de votre vie ou occupe-t-elle (ou a-t-elle occupé) une place quelconque ?
- Vous reprochez-vous d'avoir commis un acte répréhensible qui vous fait éprouver du remords ?



S. :
Bonjour,
Lundi 15 aout 2011, a fait 1 an que mon père nous a quitté, nous nous sommes effectivement réunis, mais uniquement en parents proches (frère soeur et belle-mère).
En ce qui concerne mes tantes, je n'ai absolument rien à leur reprocher, ce sont justement des tantes avec qui j'ai vécu des merveilleuses vacances dans mon enfance (elles sont jumelles).
Il y avait effectivement ma grand-mère maternelle à cette table assise à côté de mes tantes, avec qui j'éprouve quelques difficultés. Elle est très possessive et je dois souvent lutter pour qu'elle ne m'envahisse pas trop. Pour tout vous dire je la compare souvent à une manthe religieuse si je peux me permettre ce jeu de mots.
Merci de votre prompte réponse.


M.C. :


Bonjour,

Ne disposant pas d'informations nombreuses, je vais donc me contenter de conjectures à propos de la signification de ce rêve : nous assistons dans ce rêve à des retrouvailles familiales dont la fonction semble être de réconcilier les divers membres de cette famille et en particulier la rêveuse avec tout le reste de cette famille. Cette hypothèse suppose donc que notre rêveuse aurait quelques reproches plus ou moins fondés à s'adresser à elle-même et chercherait ainsi à s'attirer la clémence et le pardon de ses proches. Sa ou ses fautes semblent proches du péché pour lesquelles elle escompte donc l'absolution, comme en témoigne l'atmosphère religieuse du rêve : le repas me fait penser à la Cène, les convives, aux douze apôtres, les religieuses, à Jésus et la rêveuse à Juda dont Jésus est conscient des traitres desseins.
La table me conforte dans mon hypothèse car son symbolisme, comme matière d'édification et de réalisation tant physique que spirituelle, se retrouve dans de nombreuses philosophies et religions. Elle exprime la recherche de spiritualité, de communion, de plénitude, d'harmonie avec soi et les autres, comme si notre rêveuse, suite à certaines transgressions qu'il lui appartient de déterminer, était sujette au remords et à la culpabilité qu'elle s'efforce de dissiper grâce à ce rêve. Pour comprendre la force de la signification de la table, il suffit d'évoquer les Chevaliers de la Table ronde, illustrant la quête mystique, ou, comme je le disais, les douze apôtres et la table du Cénacle, les Tables de la loi données à Moïse et devenant la référence morale de tout un peuple, la Table gardée de l'Islam, sur laquelle Allah inscrit la destinée des hommes.
La table possède en outre une valeur affective profonde dans les images du repas partagé, de la fête familiale. Ce que vient chercher notre rêveuse à la table de son rêve est donc ce qui lui fait cruellement défaut dans sa vie : quiétude, accord avec soi, affection, reconnaissance, compagnie, innocence, réconciliation...Les fautes qu'elle cherche à expier semblent parfois remonter bien loin, comme semblent le suggérer les tantes qu'elle n'a pas vues depuis longtemps, et qui ressemblent à des témoins auxquels on appelle pour se disculper. Ce repas de retrouvailles est donc peut-être avant tout le tribunal de l'accusée qu'est la rêveuse. N'oublions pas que la prière est avant tout une supplication adressée à la divinité, comme les quatre religieuses s'adonnaient à cette pratique en faveur de la rêveuse. On me demandera alors pourquoi celle-ci est si gaie et joyeuse dans son rêve alors qu'elle est en proie à un sentiment de culpabilité très douloureux. Deux hypothèses : sa joie est l'expression anticipée du plaisir qu'elle aura d'être pardonnée. Comment sait-elle qu'elle va l'être ? N'oublions pas que tout rêve est une réalisation de désir; en forgeant ce rêve, elle a donc prévu la sentence qui lui agrée puisqu'elle est juge et parti. La deuxième hypothèse est que cette bonne humeur n'est que la représentation inversée de son désarroi et de sa torpeur morale. Si celle-ci étaient patentes dans le contenu manifeste du rêve, celui-ci aurait probablement échoué et donné lieu à un cauchemar.
Je suis encore interpellé par le fait que les religieuses sont au nombre de quatre. Sachant que le 4 manifeste universellement et depuis les temps les plus reculés, le solide, le tangible, le définissable, il me conforte dans l'interprétation préalablement donnée : en effet, appliqué au plan intérieur, ses significations sont alors la certitude, l'immuabilité et la permanence. Dans le rêve, le 4 est extérieur à la rêveuse. J'en déduis donc que tout ce qu'il symbolise lui est extérieur et que par conséquent les contraires de ces caractères extérieurs sont à l'intérieur de notre rêveuse : en somme, elle est sujette à l'incertitude, l'absence d'immuabilité, autrement dit le changement permanent, l'instabilité, l'absence de quiétude, donc l'inquiétude (littéralement, elle est en quête de tous ce qui lui extérieur, symbolisé par les religieuses priant pour qu'elle retrouve tout cela.
Rappelons-nous que l'invariabilité qui semble faire cruellement défaut à la rêveuse et dont le manque est vécu par elle comme une aliénation, cette invariabilité disais-je est bien rendue par l'expression physique du 4, le carré, qui demeure toujours le même et ne subit aucune déformation. On peut le retourner, de bas en haut ou de gauche à droite, sans qu'il ne se transforme (à l'inverse du triangle, par exemple, plus dynamique). Ainsi, le 4 évoque la stabilité parfaite, la sécurité absolue. A ce titre, on peut évoquer les quaternaires généraux qui expriment tous cette idée de base ou de complétude : les quatre éléments (terre, eau, air, fe qui permettraient de tout expliquer et d'échapper à l'ignorance, donc à l'incertitude et à une forme d'insécurité intellectuelle et physique); les quatre pointe cardinaux qui sont des repères par excellence. Ne dit-on pas "perdre le nord" pour quelqu'un qui a perdu la tête et donc d'une certaine façon tous ses repères ? Les quatre saisons, dont le retour régulier exprime l'harmonie, la prévisibilité, donc l'assurance et la sécurité puisque les lendemains ne sont pas incertains; les 4 phases de la lune; les 4 âges planétaires (or, argent, airain, fer);les 4 règnes (minéral, végétal, animal, humain, qui semblent installer au sommet de la hiérarchie des êtres et l'assurer ainsi qu'il est dominateur.
D'une manière plus générale, le quatre apparaît comme le nombre de la structure, notamment familiale (le père, la mère, la fille, le fils) thème largement exploité par la publicité, ce qui nous ramène au rêve et révéler que notre rêveuse ne parvient pas ou plus à trouver sa stabilité hors du cercle familial qu'elle s'efforce de regagner pour cela dans son rêve. Le quatre incarne aussi en psychanalyse, le cadre, l'établissement des limites et interdits ainsi que le père dans sa fonction de régulateur. J'ai appris à ce sujet que le père de la rêveuse les a quittés depuis un an. Sa disparition serait ainsi celle des repères fondamentaux de la rêveuse, provoquant alors une destabilisation que seules les retrouvailles représentées par le rêve permettraient de surmonter. On peut encore se demander ceci : si la rêveuse n'éprouvait fondamentalement que de la pitié et du chagrin suite au départ de son père (je ne sais pas s'il est décédé ou seulement parti), ces sentiments compréhensibles et irréprochables ne devraient pas donner lieu à de la honte, que l'on éprouve quand on s'est comporté de façon impolie. Or notre rêveuse se considère bel et bien comme une éventuelle impolie. Elle a donc bien quelque chose à se reprocher. Les quatre religieuses seraient alors aussi la personnification de sa conscience morale à laquelle elle redoute de s'adresser de peur de voir en face ses propres transgressions.
En résumé, je pense, sous toute réserve, que par ce rêve, la rêveuse tente de rétablir en elle-même et avec sa famille, l'équilibre qu'elle a perdu par sa faute suite à des comportements délictueux.

Mohamed Chéguenni

jeudi 18 août 2011

Imaginaire




Le concept d'imaginaire est polysémique, il renvoie à une multiplicité des sens, selon les points de vue adoptés, selon les auteurs qui l'utilisent ou les champs théoriques qui s'y réfèrent. Lorsqu'on parle d'imaginaire social, ou d'imaginaire personnel on fait appel à une notion sensiblement différente de celle que le sens commun associe au mot imagination. Il s'agit de la capacité d'un groupe ou d'un individu à se représenter le monde à l'aide d'un réseau d'association d'images qui lui donnent un sens.
On peut parler d'un imaginaire médiéval, de la renaissance, de l'âge classique etc. comme on peut évoquer un imaginaire dogon, massaï, tibétain, inuit, vendéen etc. On parlera également volontiers de l'imaginaire de René Magritte, de Jérôme Bosch ou de Salvador Dali ou du génial Facteur Cheval. Jacques Nimier n'hésite pas à parler de l'imaginaire des mathématiques et on pourrait également se risquer à mentionner l'imaginaire de la science qui n'en est pas dépourvue, de Jules Verne, au docteur Folamour en passant par toute la science fiction. L'imaginaire, bien plus que la "folle du logis" de la tradition rationaliste, apparaît comme une fonction centrale de la psyché humaine. Fonction de création vitale, les biologistes pour décrire le processus de métamorphose de la chenille au papillon parlent d'un processus qu'ils nomment "imaginal". De la production d'images du rêve, on ne sait pas clairement quelle est sa fonction, mais on sait qu'elle est vitale. Si l'on réveille un chat pendant les phases de sommeil paradoxal de production onirique, au bout de quelques jours celui-ci meurt. Sur un plan collectif, la production des mythes répond également à une nécessité cruciale pour le groupe d'amalgamer ses valeurs dans un récit des origines et des fins qui fait tenir le monde dans une narration cohérente.
Chaque groupe humain construit un imaginaire qui lui est propre. Avec la publication de son livre L'institution imaginaire de la société le philosophe et psychanalyste Cornelius Castoriadis a introduit dans les sciences sociales le terme d'imaginaire social comme concept philosophique. Les "historiens de l'imaginaire" (Duby, Loraux, Le Goff, Vidal-Naquet e. a.) ont travaillé avec ce concept de même que le sociologue Eugène Enriquez qui a étudié l'imaginaire managérial par exemple. Pour ce sociologue, l'imaginaire peut être moteur comme il peut être leurrant ou source d'illusions. Pascal Galvani dans son ouvrage, Autoformation et fonction de formateur, se livre à la "radiographie" de l'imaginaire d'un groupe de formateurs d'adultes à l'aide d'une méthode mise au point par André de Peretti: l'atelier de blason. L'étude de cet auteur permet de dégager les lignes de forces qui peuvent structurer un imaginaire professionnel en termes d'identification, de valeurs, de symboles etc.
Sur le plan individuel, l'imaginaire témoigne de la subjectivité de la personne. Les images qui traversent l'esprit sont présentes avant même que l'on tente de les inscrire dans la normativité symbolique du langage. Elles appartiennent à la singularité de l'histoire personnelle. La démarche psychanalytique et sa technique de libre association constitue une des voies d'investigation privilégiée de l'imaginaire personnel qu'il s'agisse de se livrer à son archéologie ou bien de laisser au sujet la libre expression d'un sens qu'il instaure.
Gilbert Durand s'est livré depuis les années soixante à une lecture anthropologique de l'imaginaire. Se situant dans la continuité de l'œuvre de Gaston Bachelard et celle de C.G. Jung, il œuvre pour redonner à la symbolique et à l'image une place que lui ont refusé les divers "iconoclasmes", dont le positivisme. Pour cet auteur, le génie des cultures humaines passe par la création des langages symboliques qui laissent le sens s'instaurer dans le réseau des images qui leur sont propres. L'étude exhaustive qu'il mène auprès des mythologies du monde entier lui a permis de déceler des structures qui se dessinent et les sous-tendent, quel que soit leur lieu d'origine. Ainsi fait-il sienne l'affirmation de Gaston Bachelard qui déclare: « Notre appartenance au monde des images est plus fort, plus constitutif de notre être que notre appartenance au monde des idées ». Ses travaux s’appuient pour cela sur la lecture de la symbolique de toutes les grandes traditions humaines. Cet immense travail de décryptage aboutit à une schématique très largement reprise depuis, tant par la littérature que par l’art cinématographique et même la publicité. Gilbert Durand a donné à cette schématique le nom de régimes de l’imaginaire. « Tout imaginaire humain est articulé par des structures irréductiblement plurielles, mais limitées à trois classes gravitant autour des schèmes matriciels du « séparer »(héroïque), de « l’inclure » (mystique) et du « dramatiser » - étaler dans le temps les images en un récit - (disséminatoire). » (Durand, 1994, p. 26.). Ces régimes qui sont au nombre de trois s’enracinent dans la gestuelle fondamentale de l’être humain, ainsi que dans son environnement cosmologique. La lecture cosmologique procède par une division duelle ou polarité diurne/nocturne : Un régime diurne et Deux régimes nocturnes.
La lecture issue de la gestuelle est quant à elle ternaire : lacte de se lever ou la station debout s’associe avec le régime diurne et Durand la qualifie de schizomorphe ou d’héroïque. C’est lorsque le soleil se lève que l’humain se dresse sur ses jambes, ressentant dès lors la dichotomie entre le haut et le bas, le ciel et la terre. Dans ce régime de l’imaginaire, les objets apparaissent distinctement sous la lumière du soleil. On peut évoquer ici, pour illustrer ce schème, l'allégorie de la caverne de Platon. La logique afférente au régime diurne est celle du tiers exclu et le symbole approprié est celui de l’épée du savoir qui tranche l’obscurité du doute et de l’ignorance. (cf. l’iconographie bouddhique, où Manjushri, divinité de la connaissance est représentée avec une épée flamboyante). « Ainsi la structure schizomorphe première ne serait pas autre chose que ce pouvoir d’autonomie et d’abstraction du milieu ambiant qui commence dès l’humble autocinèse animale, mais se renforce chez le bipède humain par le fait de la station verticale libératrice des mains et des outils qui prolongent ces dernières ».
Le deuxième schème, nocturne cette fois, s’enracine dans la gestuelle copulative, l'acte de s'accoupler. La nuit, les opposés se rejoignent, hommes et femmes deviennent un dans l’union de l’acte sexuel. Gilbert Durand nomme ce régime Synthétique ou dramatique. Alors que dans le régime diurne il s’agissait de s’élever vers les hauteurs, le schème synthétique nous rappelle dans les profondeurs obscures de la caverne. Il s’agit de plonger en soi, de « toucher le fond », l’alpiniste devient spéléologue ou plongeur des grands fonds. « Platon lui-même sait bien que l’on doit à nouveau descendre dans la caverne, prendre en considération l’acte même de notre condition mortelle et faire, autant qu’il se peut un bon usage du temps ». Le principe logique est ici dominé par la causalité et la représentation diachronique qui permet de résoudre les contradictions grâce au facteur temps. On entre ici dans un système du tiers inclus, illustré par exemple par la symbolique taoïste du yin et du yang ou par la coincidentia oppositorum des alchimistes et de Nicolas de Cues. Les théories systémiques par exemple œuvrent dans le régime nocturne synthétique tout comme la vision bouddhiste de coproduction interdépendante de toute chose.
Le troisième schème, nocturne lui aussi, puise dans la gestuelle digestive ou d’avalement, l'acte d'ingérer. L’humain devient un avec l’aliment qu’il ingère (l’aliment se perd dans les profondeurs sombres du corps humain). Durand le qualifie de régime Mystique (ou antiphrasique) de l’imaginaire. Ici jouent à plein les principes d’analogie et de similitude. Le principe dynamique en œuvre est celui de la fusion. On peut par exemple évoquer la symbolique de la Sainte Cène dans le christianisme pour illustrer ce régime mystique. Le mythe de Jonas s’inscrit également dans la schématique du régime nocturne mystique. La recherche de l’Unité fondamentale de toute chose est au cœur du régime mystique.
L'imaginaire selon Joël Thomas : c’est « un système, un dynamisme organisateur des images, qui leur confère une profondeur en les reliant entre elles. L’imaginaire n’est donc pas une collection d’images additionnées, un corpus, mais un réseau où le sens est dans la relation ; comme le disait, dans une belle intuition, le peintre G. Braque, « je ne crois pas aux choses, mais aux relations entre les choses. » « Cela nous permet d’affiner notre définition de l’imaginaire. L’imaginaire nous apparaît alors comme le dynamisme organisateur entre différentes instances fondatrices. Ces instances, comme « système vivant », sont en petit nombre - ce sont leurs combinaisons qui sont infinies -, et retrouvent les « solutions » entre lesquelles sont réparties les possibilités de la nature créatrice : le stable, le mouvant, et le rythme qui les relie. »

Dans la triade Réel Symbolique Imaginaire de Lacan, l'Imaginaire est souvent supposé à tort précéder le Symbolique (voir ci-dessus la construction du Schéma R). En fait l'Imaginaire humain, fiction de la totalité unifiée, est uniquement permis par le Symbolique, donc lui succède, et n'a rien à voir avec l'imaginaire animal (non-verbal).
  • Le Moi du sujet, sitôt constitué (voir Stade du miroir), va entretenir avec l'image spéculaire (qui est aussi l'image du semblable, "l'autre imaginaire") des relations "d'agression érotisée" placées sous le signe de l'ambivalence : c'est le couple amour-haine.
  • Au fil des identifications, un certain nombre de signifiants sont considérés par le Moi comme ne faisant pas partie de lui-même ("Je suis ceci et pas cela") et attribués à l'autre imaginaire. Si ces signifiants ont une connotation favorable, l'autre imaginaire en porte le mérite et devient digne d'amour. Dans le cas contraire, il est rendu coupable du "choix" des signifiants qu'on lui attribue, et devient alors le "bouc émissaire" celui qu'on ne veut surtout pas être et qu'il faut éventuellement détruire.
  • L'important est de noter que dans les deux cas la structure symbolique commune à tous les sujets se masque alors dans un théâtre manichéen de personnages rendus responsables de leurs actes, en "bien" comme en "mal". La notion de "faute", de culpabilité émerge alors.



mardi 16 août 2011

Rêver d'être mariée à son frère


B. :
Bonjour. Je ne suis pas mariée actuellement. Hier soir j'ai rêvé que j'allais chercher mon mari à la sortie de son travail. Or mon mari n'était mon conjoint actuel mais était mon propre frère. Apparemment il avait l'air de travailler dans un centre commercial. Je l'attendais en haut d'un escalier. J'étais assise sur les marches et je discutais riais avec d'autres femmes. Ces autres femmes n'étaient autres que mes copines de collège que je n'ais pas revu depuis une dizaine d'année.
On attendait tous notre mari. Mon frère est sorti avec ses collègues et m'a embrassé comme si j'étais sa femme et nous sommes partis comme si on repartait à la maison.
Merci


Mohamed Chéguenni : 


Bonsoir B.

Voici mes premières impressions "à chaud" concernant votre rêve : il me semble que dans votre prime jeunesse votre attachement à votre père, probablement sur le mode inconscient, fut passionnel. Cela a dû se traduire dans votre vie quotidienne par des relations filiales houleuses, conflictuelles, intenses, ambivalentes. Votre frère fut l'être sur lequel vous avez reporté cet amour inextinguible pour votre père. C'est votre frère qui a ainsi cristallisé votre passion pour votre père. Votre préadolescence et votre adolescence ont dû être marquées par un attachement tout particulier à votre frère. Ce lien a pu se traduire concrètement de mille et une façon ( cadeaux, visites fréquentes, sorties ensemble, dénigrement de ses copines, effusion de tendresse, confidence, complicité...). A l'âge où les codes sociaux veulent que vous passiez de votre frère à un homme extérieur à la famille (exogamie), vous l'avez fait, certes, mais non sans difficultés et contraintes. Au fond c'est apparemment à contre coeur ou alors vous avez réellement aimé votre conjoint actuel, mais sous l'effet de déceptions quelconques qu'il vous a fait connaître, votre amour pour votre frère a été attisé et éveillé. Ou alors vous n'avez pas de raison objective d'être déçue de votre conjoint. Seulement, la perspective de l'épouser ne vous réjouit guère car c'est votre frère et/ou votre père qui sont vos idéaux. Votre conjoint n'a pas réussi à vos yeux à se montrer à la hauteur de ces idéaux. Vous êtes en-haut de l'escalier, ce qui signifie (je vous fais part très respectueusement de mes hypothèses, à la lumière de la symbolique des rêves) soit que l'acte sexuel est consommé entre vous et votre frère, soit que vous attendez celui-ci à afin de l'accomplir. Le fait que vous soyez avec vos amies d'enfance tend à prouver que ce sont bien vos modèles d'amour de jeunesse qui prédominent en vous; vous avez l'air de dire à vos amies " Moi j'ai enfin trouvé l'homme de ma vie (mon frère) et vous non." Le fait que votre frère vous embrasse comme si vous étiez son épouse ne peut que me conforter dans mes hypothèses. De plus vous retournez à la maison; c'est une forme de régression évidente vers des amours infantiles qu'au fond vous n'avez jamais abandonnées.
En résumé, votre rêve exprime à mon sens le fait que pour l'instant votre amour pour votre conjoint n'a pas réussi à remplacer votre passion inextinguible pour votre frère. C'est celui-ci que vous voulez épouser. Le baiser dans votre rêve a dû provoquer en vous une émotion, un plaisir que nul homme ou de très rares hommes ont éveillé en vous en vous embrassant.
Cordialement, Mohamed Chéguenni


B. : 


Merci beaucoup pour votre réponse. Il est vrai que j'ai été très attachée à mon père qui malheureusement est décédé depuis 12 ans et il me manque toujours autant.