nom masculin singulier(physiologie) :fait de faciliter le flux nerveux dans les conducteurs par répétition.
En général, le frayage est le fait de se frayer une voie. On trace le chemin en se frottant, parfois violemment, aux rochers, aux branches ou aux lianes. On parle de percolation dans le cas d'un liquide.
En Biologie et en Sciences cognitives, le frayage est le fait de faciliter le flux nerveux dans les conducteurs par répétition. Cette idée biologique est à la base de l'apprentissage et de la reconnaissance de caractères (OCR) par les réseaux de neurones informatiques.
Sigmund Freud (1856-1939), médecin de Vienne, avait la spécialité de neurologue. Utilisant l'hypnose (Martin Charcot) et la catharsis de Joseph Breuer (1842-1925), Freud devient psychothérapeute et fonde la psychanalyse. Dès 1895, dans les Etudes sur l'hystérie, Breuer et Freud font référence à ce que "Exner nomme frayage par l'attention". Ils ne connaissent pas la réalité de la synapse (le mot est proposé en 1897, mais la preuve n'est apportée qu'en 1921, par Otto Loewi), mais ils en ont l'intuition. Freud emploie très souvent la notion de frayage à propos de l'énergie de la pulsion ou de l'affect. Dans son "Projet de psychologie scientifique" Freud parle de "barrières de contact". Pour André Bourguignon, le parallèle est frappant avec ce que nous savons maintenant des synapses (mot qui signifie "liaison", en grec) dans les réseaux de neurones.
Freud emploie le terme « frayage » pour indiquer la résistance que l’excitation doit vaincre dans son passage d’un neurone à un autre.
Chez Freud donc, la notion de frayage s'appuie sur une métaphore spatiale : la trace mnésique fait effraction, elle se perce un chemin contre des résistances, elle fait irruption. Route est associée à rupture (rupta, via rupta). Il faut une violence, un travail, pour que la trace inscrive son chemin. Jacques Derrida fait ici remarquer qu'elle ne produit sa route qu'avec retard, après-coup. La première trace n'a jamais été perçue par la conscience. Elle ne le sera que dans un second temps. Ce décalage ou retardement supplémentaire est originel. Notre cerveau nous sert à penser et à produire des connaissances. Nous l'utilisons pour échanger des informations précises avec des ordinateurs méticuleux. Mais, que nous en ayons conscience ou non, notre cerveau nous sert aussi (surtout ?) à réaliser la percolation des émotions. C'est pourquoi la cure psychanalytique s'intéresse surtout aux bêtises, lapsus, actes manqués, traits d'esprits, saillies, fulgurances et impromptus.
En résumé, dans le domaine psycho-physiologique, le frayage est lepassage d'une excitation d'un neurone à l'autre, qui se réalise par une voie déjà empruntée, correspondant ainsi à une moindre résistance (d'apr. Méd. Biol. t. 2 1971). Un stimulus (...) peut, à la fois profiter de la perméabilité plus grande des synapses et la confirmer en l'accentuant, par effet de frayage ou d'accord des chronaxies (Ruyer, Cybern., 1954, p. 73).
− P. anal.,en psychol.Passage, cheminement facilité du fait de son itération. Les aboutissants pathologiques de certains frayages psychologiques (Mounier, Traité caract., 1946, p. 273).
Prononc. : [fʀεja:ʒ]. Étymol. et Hist. 1946 (Mounier, loc. cit.). Dér. de frayer1*; suff. -age*.
Au premier abord, la substitution est un terme qui renvoie à l’idée de remplacement ou d’échange provisoire de quelque chose par une autre, identique ou ayant la même utilité : le substitut.
En psychanalyse et donc au niveau psychique, la substitution est un moyen de défense du moi. Elle consiste alors à remplacer (avant le refoulement), une représentation, une pensée ou un objet souvent inatteignables et sources de conflit pour le moi par un substitut.
D’un point de vue économique, la substitution intervient en fait pour apaiser les tensions sous tendues par la libido : la satisfaction est alors illusoirement remplacée par une autre mais le besoin ou le désir, c’est-à-dire les pulsions frustrées, restent les mêmes. C’est en cela que la substitution ne peut offrir qu’une solution provisoire.
De plus, au niveau symbolique on peut voir que le symptôme et le substitut sont liés par une chaîne associative faisant intervenir également les processus de condensation et de déplacement.
Formation substitutive :
Procédé qui consiste à remplacer une satisfaction visant à entraîner une réduction des tensions par une autre. Il s'agit le plus souvent d'une substitution symbolique. La formation des symptômes névrotiques est un exemple de ces formations substitutives .
La formation substitutive est un processus de formation des symptômes propres aux psychonévroses en tant qu'ils viennent à la place du procès pulsionnel par la voie du refoulement et du retour du refoulé.
La formation substitutive comme mécanisme de défense :
Mécanismes de défense: Définition: (Larousse, dictionnaire de psychologie Larousse N.Syllami, dictionnaire de psychanalyse Fayard E.Roudinesco): Mécanismes psychologiques dont la personne dispose pour diminuer l'angoisse née des conflits intérieurs dans la vie quotidienne, opération par laquelle un sujet confronté à une représentation insupportable la refoule, faute d'avoir les moyens de la relier(rationnellement), par un travail de pensée, à d'autres pensées.
Ce sont des activités du moi, pulsions et désirs non-acceptables par le moi sont refusés. Pour cela, le moi mets en place des mécanismes de défense en face de la réalité des pulsions. Les défenses fonctionnent en continu, elles deviennent pathologiques si un mécanisme de défense devient rigide et répétitif. Pour protéger le moi, les défenses maintiennent dans l'inconscient ou transforment les pulsions. Une pulsions a une représentation et un affect, les mécanismes de défense s'attaque à la représentation.
Les mécanisme de défense sont donc l'ensemble des options dont la finalité est de réduire ou de supprimer toute modification susceptible de mettre en danger, l'intégrité, la constance de l'individu. Selon Ionescu,, ce sont des processus psychiques inconscient visant à réduire ou annuler les effets désagréables ( dangers imaginaire ou réels ) en remaniant les réalités internes ou externes. Les manifestations de ces mécanismes de défense peuvent être inconscientes ou conscientes
Ce sont par exemple, les grimaces de l'élève qui imite le maître: en s'identifiant à ce dernier, il dédramatise la situation et maîtrise son anxiété. Il existe un grand nombre de mécanismes susceptibles de protéger le "MOI" contre les exigences des instincts et de réduire les tensions; S.Freud a dégagé de tels mécanismes, typiques pour chaque affection psychogène: la conversion somatique pour l'hystérie, l'isolation, les formations réactionnelles pour la névrose obsessionnelle, la transposition de l'affect pour la phobie, la projection pour la paranoïa, etc. Tous, donc, n'ont pas la même valeur adaptative; le refoulement(voir psychologie clinique IV), aura pour fonction de réprimer une tendance jugée dangereuse(agressivité, sexualité) et de la rejeter hors du champ de conscience. Dans l'œuvre de Freud, il a un statut particulier, il institue l'inconscient et est le mécanisme de défense par excellence, sur lequel les autres se modèlent.
Ces défenses jouent plus ou moins consciemment, et dans leur ensemble, elles sont mises en jeu pour éviter les agressions internes des pulsions sexuelles(voir dossier "pulsions") dont la satisfaction se révèle conflictuelle pour le sujet, ainsi que pour en neutraliser l'angoisse qui en dérive. On notera cependant que dans "Inhibition, symptômes et angoisse" (1926), Freud, à partir notamment d'une réinterprêtation de la phobie, a été conduit à privilégier "l'angoisse devant un danger réel", et à considérer comme dérivée "l'angoisse devant la pulsion".
Freud attribue au "MOI" l'origine de la défense, et dès lors ce concept renvoie nécessairement à toutes les difficultés liées à la définition du "MOI" (voir psychologie clinique XVII). Les mécanismes de défense ne sont donc ni plus ni moins que la réponse mentale de chaque individu aux conflits intérieurs entre exigences instinctuelles et lois morales/sociales.
Documentation: Sigmund Freud, Inhibition, symptômes et angoisse 1951 (Fra) (Pages 99 et suivantes) Otto Fenickel, La théorie psychanalytique des névroses 1945 (Ang), 1953 (Fra) Paris P.U.F. Anna Freud Le MOI et les mécanismes de défense 1936 (Ang), 1949 (Fra) Paris P.U.F. Spitz, Quelques prototypes précoces de défense du "MOI", Revue Fra. De psychanalyse, 28/02/1964.
Quelques mécanismes
Refoulement
C'est le mécanisme le plus important, opérant dès la différenciation du ça et du moi. Il repousse et maintient dans l'inconscient une représentation. C'est un mécanisme coûteux et actif, car durable ( il faut maintenir le refoulé dans l'inconscient ). L'énergie est alors libre, affect et représentation sont désinvestis, elle va donc investir autre chose ( contre-investissement ) : la décharge non-tolérée est opposée au moi et au surmoi., le contre-investissement empêche cette décharge.
Introjection
C'est le processus psychique par lequel un individu fait passer du dehors au dedans des aspects d'un objet ( qui peut être une personne ) par fantasme ; il les considère comme propre. Cela permet de supporter l'absence de l'objet.
Formation réactionnelle, substitutive, de compromis
La formation réactionnelle est l'opposition à un désir inconscient par l'envie consciente du contraire, les attitudes conscientes du sujet sont contraire à son inconscient, comme par exemple le désir inconscient de saleté peut entraîner la névrose obsessionnelle visant à la propreté abusive. La formation substitutive désigne des symptômes ou des formes équivalentes qui signalent le retour du refoulé. Elle est suffisamment changée pour ne pas être reconnue par les censures ( elle est un lapsus, un acte manqué, etc…) La formation de compromis se note lorsque le désir inconscient est assez déformé, donc non reconnu par le moi et accepté, cela équivaut parfois à un déplacement.
Identification
Cas à part, l'identification à l'agresseur se réalisent en prenant à son compte l'agression en tant que telle, soit en imitant physiquement ou mentalement, soit en adoptant certains symboles de puissance ( jouer au loup chez les enfants ). C'est ainsi que certains otages finissent par admirer leurs agresseurs, c'est le syndrome de Stockholm. Après coup, la plupart même ont des sentiments paradoxaux.
Clivage
C'est lorsque l'on scinde un objet en bon et mauvais objet. Il y a séparation, puis introjection de l'extérieur jugé bon et projection de l'intérieur jugé mauvais.
Annulation
Le mécanisme est le suivant : le sujet fait en sorte qu'un acte, une pensée, une parole ne soit jamais advenu, il fait comme si de rien n'était. il va alors agir en contradiction pour lutter contre cette angoisse. Dans la névrose obsessionnelle, par exemple, le sujet revient en arrière pour recommencer une action qu'il ne veut pas avoir commise.
Dénégation
Procédé par lequel un sujet, tout en formulant un désir, une pensée, continu à la nier, il s'en défend en la refusant. Le déni s'applique surtout aux névrosés et aux psychotiques. Le sujet refuse inconsciemment de reconnaître la réalité, il refuse ce qui existe.
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Freud. 5 Leçons de la psychanalyse de Freud ,deuxième leçon
"Exprimons-nous maintenant sans images: l'examen d'autres malades hystériques et d'autres névrosés nous conduit à la conviction qu'ils n'ont pas réussi à refouler l'idée à laquelle est lié leur désir insupportable. Ils l'ont bien chassée de leur conscience et de leur mémoire, et se sont épargné, apparemment, une grande somme de souffrances, mais le désir refoulé continue à subsister dans l'inconscient; il guette une occasion de se manifester et il réapparaît bientôt à la lumière, mais sous un déguisement qui le rend méconnaissable; en d'autres termes, l'idée refoulée est remplacée dans la conscience par une autre qui lui sert de substitut, d'ersatz, et à laquelle viennent s'attacher toutes les impressions de malaise que l'on croyait avoir écartées par le refoulement. Ce substitut de l'idée refoulée - le symptôme - est protégé contre de nouvelles attaques de la part du « moi » ; et, au lieu d'un court conflit, intervient mainte*nant une souffrance continuelle. A côté des signes de défiguration, le symptôme offre un reste de ressemblance avec l'idée refoulée. Les procédés de formations substitutives se trahissent pendant le traitement psychanalytique du malade, et il est nécessaire pour la guérison que le symptôme soit ramené par ces mêmes moyens à l'idée refoulée. Si l'on parvient à ramener ce qui est refoulé au plein jour - cela suppose que des résistances considérables ont été surmontées -, alors le conflit psychique né de cette réintégration, et que le malade voulait éviter, peut trouver sous la direction du médecin, une meilleure solution que celle du refoulement. Une telle méthode parvient à faire évanouir conflits et névroses."
------------------------------------------------------------------------------------------------- Un exemple de formation substitutive : l'oubli de noms
Du mécanisme psychique de la tendance à l'oubli, S.Freud, 1898
(traduction de S.Yankélévitch, Petite Bibliothèque Payot, Paris 1972)
J'ai publié, en 1898, dans Monatsschrift für Psychiatrie und Neurologie, unpetit article intitulé "Du mécanisme psychique de latendance àl'oubli", dont le contenu, que jevais résumer ici servira de point de départ à mes considérations ultérieures. Dans cet article, j'ai soumis à l'analyse psychologique, d'après un exemple frappant observé sur moi-même, le cas fréquent d'oubli passager de noms propres ; et je suis arrivé à la conclusion que cet accident, si commun et sans grande importance pratique, qui consiste dans le refus de fonctionnement d'une faculté psychique (la faculté du souvenir), admet une explication qui dépasse de beaucoup par sa portée l'importance généralement attachée au phénomène en question.
Si l'on demandait à un psychologue d'expliquer comment il se fait qu'on se trouve si souvent dans l'impossibilité de se rappeler un nom qu'on croit cependant connaître, je pense qu'il se contenterait de répondre que les noms propres tombent plus facilement dans l'oubli que les autres contenus de la mémoire. il citerait des raisons plus ou moins plausibles qui, à son avis, expliqueraient cette propriété des noms propres, sans se douter que ce processus puisse être soumis à d'autres conditions, d'ordre plus général.
Ce qui m'a amené à m'occuper de plus près du phénomène de l'oubli passager de noms propres, ce fut l'observation de certains détails qui manquent dans certains cas, mais se manifestent dans d'autres avec une netteté suffisante. Ces derniers cas sont ceux où il s'agit, non seulement d'oubli, mais de faux souvenir. Celui qui cherche à se rappeler un nom qui lui a échappé retrouve dans sa conscience d'autres noms, des noms de substitution, qu'il reconnaît aussitôt comme incorrects, mais qui n'en continuent pas moins à s'imposer à lui obstinément. On dirait que le processus qui devait aboutir à la reproduction du nom cherché a subi un déplacement, s'est engagé dans une fausse route, au bout de laquelle il trouve le nom de substitution, le nom incorrect. Je prétends que ce déplacement n'est pas l'effet d'un arbitraire psychique, mais s'effectue selon des voies préétablies et possibles à prévoir. En d'autres termes, je prétends qu'il existe, entre le nom ou les noms de substitution et le nom cherché, un rapport possible à trouver, et j'espère que, si je réussis à établir ce rapport, j'aurai élucidé le processus de l'oubli de noms propres.
Dans l'exemple sur lequel avait porté mon analyse en 1898, le nom que je m'efforçais en vain de me rappeler était celui du maître auquel la cathédrale d'Orvietodoit ses magnifiques fresques représentant le "Jugement Dernier". A la place du nom cherché, Signorelli, deux autres noms de peintres, Botticelli et Boltraffio, s'étaient imposés à mon souvenir, mais je les avais aussitôt et sans hésitation reconnus comme incorrects. Mais, lorsque le nom correct avait été prononcé devant moi par une autre personne, je l'avais reconnu sans une minute d'hésitation. L'examen des influences et des voies d'association ayant abouti à la reproduction des noms Botticelli et Boltraffio, à la place de Signorelli, m'a donné les résultats suivants :
a) La raison de l'oubli du nom Signorelli ne doit être cherchée ni dans une particularité quelconque de ce nom ni dans un caractère psychologique de l'ensemble dans lequel il était inséré. Le nom oublié m'était aussi familier qu'un des noms de substitution, celui de Botticelli, et beaucoup plus familier que celui de Boltraffio dont le porteur ne m'était connu que par ce seul détail qu'il faisait partie de l'école milanaise. Quant aux conditions dans lesquelles s'était produit l'oubli, elles me paraissent inoffensives et incapables d'en fournir aucune explication : je faisais, en compagnie d'un étranger, un voyage en voiture de Raguse, en Dalmatie, à une station d'Herzégovine ; au cours du voyage, la conversation tomba sur l'Italie et je demandai à mon compagnon s'il avait été à Orvieto et s'il avait visité les célèbres fresques de...
b) L'oubli du nom s'explique, lorsque je me rappelle le sujet qui a précédé immédiatement notre conversation sur l'Italie, et il apparaît alors comme l'effet d'une perturbation du sujet nouveau par le sujet précédent. Peu de temps avant que j'aie demandé à mon compagnon de voyage s'il avait été à Orvieto, nous nous entretenions des moeurs des Turcs habitant la Bosnie et l'Herzégovine. J'avais rapporté à mon interlocuteur ce que m'avait raconté un confrère exerçant parmi ces gens, à savoir qu'ils sont pleins de confiance dans le médecin et pleins de résignation devant le sort. Lorsqu'on est obligé de leur annoncer que l'état de tel ou tel malade de leurs proches est désespéré, ils répondent : " Seigneur (Herr), n'en parlons pas. Je sais que s'il était possible de sauver le malade, tu le sauverais." Nous avons là deux noms : Bosnien (Bosnie) et Herzegowina (Herzégovine) et un mot : Herr (Seigneur), qui se laissent intercaler tous les trois dans une chaîne d'associations entre Signorelli - Botticelli et Boltraffio.
c) J'admets que si la suite d'idées se rapportant aux moeurs des Turcs de la Bosnie, etc., a pu troubler une idée venant immédiatement après, ce fut parce que je lui ai retiré mon attention, avant même qu'elle fût achevée. Je rappelle notamment que j'avais eu l'intention de raconter une autre anecdote qui reposait dans ma mémoire à côté de la première. Ces Turcs attachent une valeur exceptionnelle aux plaisirs sexuels et, lorsqu'ils sont atteints de troubles sexuels, ils sont pris d'un désespoir qui contraste singulièrement avec leur résignation devant la mort. Un des malades de mon confrère lui dit un jour : "Tu sais bien, Herr (Seigneur), que lorsque cela ne va plus, la vie n'a plus aucune valeur." Je me suis toutefois abstenu de communiquer ce trait caractéristique, préférant ne pas aborder ce sujet scabreux dans une conversation avec un étranger. Je fis même davantage : j'ai distrait mon attention de la suite des idées qui auraient pu se rattacher dans mon esprit au sujet : "Mort et Sexualité." J'étais alors sous l'impression d'un événement dont j'avais reçu la nouvelle quelques semaines auparavant durant un bref séjour à Trafoï un malade, qui m'avait donné beaucoup de mal, s'était suicidé, parce qu'il souffrait d'un trouble sexuel incurable. Je sais parfaitement bien que ce triste événement et tous les détails qui s'y rattachent n'existaient pas chez moi à l'état de souvenir conscient pendant mon voyage en Herzégovine. Mais l'affinité entre Trafoï et Boltraffio m'oblige à admettre que, malgré la distraction intentionnelle de mon attention, je subissais l'influence de cette réminiscence.
d) Il ne m'est plus possible de voir dans l'oubli du nom Signorelli un événement accidentel. Je suis obligé de voir dans cet événement l'effet de mobiles psychiques. C'est pour des raisons d'ordre psychique que j'ai interrompu ma communication (sur les moeurs des Turcs, etc.), et c'est pour des raisons de même nature que j'ai empêché de pénétrer dans ma conscience les idées qui s'y rattachaient et qui auraient conduit mon récit jusqu'à la nouvelle que j'avais reçue à Trafoï. Je voulais donc oublier quelque chose ; j'ai refoulé quelque chose. Je voulais, il est vrai, oublier autre chose que le nom du maître d'Orvieto ; mais il s'est établi, entre cet "autre chose" et le nom, un lien d'association, de sorte que mon acte de volonté a manqué son but et que j'ai, malgré moi, oublié le nom, alors que je voulais intentionnellement oublier "l'autre chose". Le désir de ne pas se souvenir portait sur un contenu ; l'impossibilité de se souvenir s'est manifestée par rapport à un autre. Le cas serait évidemment beaucoup plus simple, si le désir de ne pas se souvenir et la déficience de mémoire se rapportaient au même contenu. - Les noms de substitution, à leur tour, ne me paraissent plus aussi injustifiés qu'avant l'explication ; ils m'avertissent (à la suite d'une sorte de compromis) aussi bien de ce que j'ai oublié que de ce dont je voulais me souvenir, et ils me montrent que mon intention d'oublier quelque chose n'a ni totalement réussi, ni totalement échoué.
e) Le genre d'association qui s'est établi entre le nom cherché et le sujet refoulé (relatif à la mort et à la sexualité et dans lequel figurent les noms Bosnie, Herzégovine, Trafoï) est tout à fait curieux. Le schéma ci-joint, emprunté à l'article de 1898, cherche à donner une représentation concrète de cette association.
Le nom de Signorelli a été divisé en deux parties. Les deux dernières syllabes se retrouvent telles quelles dans l'un des noms de substitution (elli), les deux premières ont, par suite de la traduction de Signor en Herr (Seigneur), contracté des rapports nombreux et variés avec les noms contenus dans le sujet refoulé, ce qui les a rendues inutilisables pour la reproduction. La substitution du nom de Signorelli s'est effectuée comme à la faveur d'un déplacement le long de la combinaison des noms "Herzégovine-Bosnie", sans aucun égard pour le sens et la délimitation acoustique des syllabes. Les noms semblent donc avoir été traités dans ce processus comme le sont les mots d'une proposition qu'on veut transformer en rébus. Aucun avertissement n'est parvenu à la conscience de tout ce processus, à la suite duquel le nom Signorelli a été ainsi remplacé par d'autres noms. Et, àpremière vue, on n'entrevoit pas, entre le sujet de conversation dans lequel figurait le nom Signorelli et le sujet refoulé qui l'avait précédé immédiatement, de rapport autre que celui déterminé par la similitude de syllabes (ou plutôt de suites de lettres) dans l'un et dans l'autre.
Il n'est peut-être pas inutile de noter qu'il n'existe aucune contradiction entre l'explication que nous proposons et la thèse des psychologues qui voient, dans certaines relations et dispositions, les conditions de la reproduction et de l'oubli. Nous nous bornons à affirmer que les facteurs depuis longtemps reconnus comme jouant le rôle de causes déterminantes dans l'oubli d'un nom se compliquent, dans certains cas, d'un motif supplémentaire, et nous donnons en même temps l'explication du mécanisme de la fausse réminiscence. Ces facteurs ont dû nécessairement intervenir dans notre cas, pour permettre à l'élément refoulé de s'emparer par voie d'association du nom cherché et de l'entraîner avec lui dans le refoulement. A propos d'un autre nom, présentant des conditions de reproduction plus favorables, ce fait ne se serait peut-être pas produit. Il est toutefois vraisemblable qu'un élément refoulé s'efforce toujours et dans tous les cas de se manifester au-dehors d'une manière ou d'une autre, mais ne réussit à le faire qu'en présence de conditions particulières et appropriées. Dans certains cas, le refoulement s'effectue sans trouble fonctionnel ou, ainsi que nous pouvons le dire avec raison, sans symptômes.
En résumé, les conditions nécessaires pour que se produise l'oubli d'un nom avec fausse réminiscence sont les suivantes : 1° une certaine tendance à oublier ce nom ; 2° un processus de refoulement ayant eu lieu peu de temps auparavant ; 3° la possibilité d'établir une association extérieure entre le nom en question et l'élément qui vient d'être refoulé. Il n'y a probablement pas lieu d'exagérer la valeur de cette dernière condition, car étant donné la facilité avec laquelle s'effectuent les associations, elle se trouvera remplie dans la plupart des cas. Une autre question, et plus importante, est celle de savoir si une association extérieure de ce genre constitue réellement une condition suffisante pour que l'élément refoulé empêche la reproduction du non cherché et si un lien plus intime entre les deux sujets n'est pas nécessaire à cet effet. A première vue, on est tenté de nier cette dernière nécessité et de considérer comme suffisante la rencontre purement passagère de deux éléments totalement disparates. Mais, à un examen plus approfondi on constate, dans des cas de plus en plus nombreux, que les deux éléments (l'élément refoulé et le nouveau), rattachés par une association extérieure, présentent également des rapports intimes, c'est-à-dire qu'ils se rapprochent par leurs contenus, et tel était en effet le cas dans l'exemple Signorelli.
La valeur de la conclusion que nous a fournie l'analyse de l'exemple Signorelli varie, selon que ce cas peut être considéré comme typique ou ne constitue qu'un accident isolé. Or, je crois pouvoir affirmer que l'oubli de nom avec fausse réminiscence a lieu le plus souvent de la même manière que dansle cas que nous avons décrit. Presque toutes les fois où j'ai pu observer ce phénomène sur moi-même, j'ai été à même de l'expliquer comme dans le cas signorelli, c'est-à-dire comme ayant été déterminé par le refoulement. Je puis d'ailleurs citer un autre argument à l'appui de ma manière de voir concernant le caractère typique du cas Signorelli. Je crois notamment que rien n'autorise à établir une ligne de séparation entre les cas d'oublis de noms avec fausse réminiscence et ceux où des noms de substitution incorrects ne se présentent pas. Dans certains cas, ces noms de substitution se présentent spontanément ; dans d'autres, on peut les faire surgir, grâce à un effort d'attention et, une fois surgis, ils présentent, avec l'élément refoulé et le nom cherché, les mêmes rapports que s'ils avaient surgi spontanément. Pour que le nom de substitution devienne conscient, il faut d'abord un effort d'attention et, ensuite, la présence d'une condition, en rapport avec les matériaux psychiques. Cette dernière condition doit, à mon avis, être cherchée dans la plus ou moins grande facilité avec laquelle s'établit la nécessaire association extérieure entre les deux éléments. C'est ainsi que bon nombre de cas d'oublis de noms sans fausse réminiscence se rattachent aux cas avec formation de noms de substitution, c'est-à-dire aux cas justiciables du mécanisme que nous a révélé l'exemple Signorelli. Mais je n'irai certainement pas jusqu'à affirmer que tous les cas d'oublis de noms peuvent être rangés dans cette catégorie. Il y a certainement des oublis de noms où les choses se passent d'une façon beaucoup plus simple. Aussi ne risquons-nous pas de dépasser les bornes de la prudence, en résumant la situation de la façon suivante : à côté du simple oubli d'un nom propre, il existe des cas où l'oubli est déterminé par le refoulement.
(in Petite Bibliothèque Payot, Paris, 1972, traduction de S.Jankélévitch)
Terme utilisé pour la première fois par S. Freud en 1903.
Il s’agit de lutter contre des représentations psychiques pénibles en les remplaçant par un contre-symptôme (un symptôme contraire à celui qui serait plus en adéquation avec la représentation).
Ce symptôme à l’envers devient alors un trait de caractère du sujet (de la personne). Ces formations réactionnelles prennent valeurs symptomatiques lorsqu’elles deviennent rigides, compulsionnelles.
Par exemple, on suppose qu’un individu a une attirance inconsciente envers une autre personne de culture, ou de religion différente, ou encore d’une certaine orientation sexuelle. Ne pouvant pas assumer cette attirance, considérée comme déviante soit au sein de sa communauté, soit par rapport à une morale acquise, il pourra montrer de la peur, de l’agressivité et une haine forcenée envers la communauté de cet "autre" différent, même si inconsciemment il reste attiré par lui.
Ce comportement est une formation réactionnelle par rapport à une attirance inconsciente et refoulée.
Une formation réactionnelle est une transformation d'attitudes, ou plus généralisée, du caractère, permettant de substituer des comportements acceptables en opposition à des pulsions inacceptables. Elles font donc l'économie du refoulement. Elles sont symptomatiques dans leur rigidité, fixation, parce qu'elles sont compulsives et exagérées.
Il s'agit d'un contre investissement, dans une attitude autorisée, de l'énergie pulsionnelle retirée aux représentations interdites : par exemple la sollicitude peut être une formation réactionnelle contre des représentations violentes ou agressives, de même que les exigences de propreté de l'obsessionnel constituent une formation réactionnelle contre son désir de souiller. C'est un mécanisme précoce mais fragile qui se développe avec prédilection pendant la période de latence au profit des valeurs mises en avant par les contextes historiques, sociaux et culturels, et au détriment des besoins pulsionnels frustes, agressifs ou sexuels directs, tout en cherchant à les draîner de façon indirecte. Cet aspect fonctionnel et utilitaire contribue à l'adaptation du sujet à sa réalité ambiante. À un degré de plus, ce mécanisme conduit aux originalités du caractère propre du sujet par rapport à celui des autres. Si les formations réactionnelles deviennent trop systématiques, trop impératives, trop rigides, on entre alors dans la pathologie caractérielle. Dans les névroses classiques, ces formations demeurent puissantes mais limitées à un type déterminé spécifique du mode de relation d'objet et de chaque norme de névrose. (Source : Sous la direction de Jean Bergeret. Psychologie pathologique. Théorique et clinique. 8e édition, Masson, Paris).
La formation réactionnelle est donc un mécanisme de défense consiste en la transformation d'un trait de caractère en un autre, généralement mieux admis sur le plan social : plutôt que de lutter contre une pulsion, risquant ainsi de la refouler et de subir les conséquences symptomatiques du refoulement, le sujet inverse celle-ci.
Les comportements ou les pensées issus du trait de caractère contre lequel s'est développée la formation réactionnelle, sont supprimés. L'énergie qui accompagnait ces anciens comportements est quant à elle réinvestie sur les nouveaux.
En général, un trait de caractère issu d'une formation réactionnelle se distinguera par son aspect excessif et son développement subit.
Il est important de noter que les nouveaux comportements adoptés suite à une
formation réactionnelle sont en rapport, voir à l'opposé, de ceux qui ont été abandonnés par le sujet, ou dont ce dernier cherche à se défaire : l'habituel client des prostitués milite dans des associations de lutte contre la prostitution, l'individu réputé avare se prend à effectuer des dons importants, la personne dite "sale" lave subitement avec excès tous ses objets personnels, etc... Mais dans tous ces cas de figure, nous constatons que les nouveaux comportements sont valorisants socialement, au contraire de ceux qu'ils remplacent.
Une remarque ou une situation désagréable et impromptue, peuvent se trouver, par exemple, à l'origine d'une formation réactionnelle.
La formation réactionnelle comme mécanisme de défense
La tradition freudienne désigne par Formation réactionnelle l'attitude ou l'habitus psychologique de sens opposé à un désir refoulé, et constitué en réaction contre celui-ci (par exemple la pudeur s'opposant à des tendances exhibitionnistes). En termes économiques, la formation réactionnelle est un contre-investissement d'un élément conscient, de force égale et de direction opposée à l'investissement inconscient. Les formations réactionnelle peuvent être très localisées et se manifester par un comportement particulier, ou généralisées jusqu'à constituer des traits de caractère plus ou moins intégrés à l'ensemble de la personnalité. Du point de vue clinique, les formations réactionnelles prennent valeur symptomatiques dans ce qu'elles offrent de rigide, de forcé, de compulsionnel, par leurs échecs accidentels, par le fait qu'elles aboutissent parfois directement à un résultat opposé à celui qui est consciemment visé. (LAPLANCHE et PONTALIS).
C'est dans les Trois essais sur la théorie sexuelle de 1905 que Sigmund FREUD donne à la formation réactionnelle une signification générale. Il la considère comme une voie vers la sublimation, avec la différence (avec cette sublimation) que la formation réactionnelle ne change pas seulement de but (satisfaction "culturelle" contre satisfaction directe des pulsions), mais choisit le but directement opposé au but originel. Cette formation réactionnelle, de plus, ne réussit pas complètement ce détournement de but.
Michèle BERTRAND insiste beaucoup sur le versant généralisé de la formation réactionnelle : "la formation réactionnelle peut aussi devenir un trait de caractère permanent et sa signification est alors plus générale : elle n'est pas seulement le symptôme d'une pathalogie particulière (qui peut être anodin et courant), mais l'un des processus sociaux en acquérant, comme trait de caractère permanent, des "vertus" qui vont à l'encontre de nos buts sexuels.". Ce que nous nommons, caractère, écrit Sigmund FREUD, "est en grande partie construit avec un matériel d'excitations sexuelles et se compose de pulsions fixées depuis l'enfance, de constructions acquises et d'autres constructions destinées à réprimer les mouvements pervers qui ont été reconnus non utilisables. Il est ainsi permis de dire que la disposition sexuelle de l'enfant crée, par formation réactionnelle, un grand nombre de nos vertus". C'est cette voie de recherche que suit ensuite Wilhelm REICH dans sa notion de "cuirasse caractérielle".
Dans Les Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort, publié en 1915, Sigmund FREUD montre que l'altruisme peut avoir pour origine l'égoïsme, et la compassion la cruauté. Des motifs "nobles" peuvent avoir le même effet que des motifs "non nobles". Il explique comment nombre de circonstances, dont la guerre, peuvent révéler cette transformation : la formation réactionnelle est fragile, et la pulsion refoulée peut faire un retour éclatant dans des actes de barbarie. (Michèle BERTRAND).
Pour les rédacteurs de Vocabulaire de la psychanalyse, le terme de formation réactionnelle invite "à un rapprochement avec d'autres modes de formation de symptôme : formation substitutive et formation de compromis. Alors que dans la formation de compromis, nous pouvons toujours retrouver la satisfaction du désir refoulé conjuguée à l'action de la défense (dans l'obsession par exemple), dans la formation substitutive n'apparaît que l'opposition à la pulsion.
Pour les rédacteurs de Les mécanismes de défense, la formation réactionnelle est la transformation du caractère permettant une économie du refoulement, puisqu'à des tendances inacceptables sont substituées des tendances opposées, qui deviennent permanentes. Ils insistent donc, encore plus que Michèle BERTRAND sur l'aspect structurel de la formation réactionnelle sur la personnalité. Les formations réactionnelles citées par Sigmund Freud, indiquent-ils, ont un point commun : être valorisées par la société, ce que relève Jean BERGERET (1972/1986).
Les auteurs s'attardent sur ce qui distingue un trait de caractère dû à ce mécanisme de défense d'un trait de caractère spontané. Ils dégagent trois particularités qui, selon eux, "permettent de distinguer les traits de caractère spontanés des traits réactionnels" :
- L'exagération et la rigidité du trait de caractère (manière d'être stéréotypée, selon Roger MUCCHIELLI (1981) ;
- La propension des instincts inhibés à réapparaître (Pierre JANET, 1903/1976) ;
- L'expression des pulsions instinctives refoulées peuvent s'exprimer indirectement : "un homme rigide et puritain, qui refoule ses désirs sexuels manifestera un intérêt prétendument désintéressé pour la lutte contre la prostitution et la pornographie" (citation savoureuse, sauf erreur, de Sylvie FAURE-PRAGIER, 1973).
Il est entendu que la distinction entre sublimation et formation réactionnelle n'est pas facile à faire, et nous avons tendance à penser que cela dépend beaucoup de l'environnement social (de sa perception par l'individu et de la perception de l'individu par cet environnement)... Une société qui favorise l'autorité aura sans doute tendance, selon nous,à ne pas considérer certains formations réactionnelles conduisant à une propreté rigoureuse, à une discipline constante, à un respect de la hiérarchie comme pathologique, même si dans d'autres contextes, les observateurs peuvent juger exagérés ces types de comportement.
C'est lorsqu'elle est rigide, selon les auteurs de Les mécanismes de défense, que la formation réactionnelle peut être très invalidante. dans la névrose obsessionnelles par exemple. C'est le cas, dans la "cuirasse du Moi" , particulièrement étudiée par Wilhelm REICH.
Serban INONESCU, Marie-Madeleine JACQUET, Claude LHOTE, Les mécanismes de défense, Nathan Université, 2003 ; Michèle BERTRAND, article La formation réactionnelle, dans Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette Littératures, 2002 ; Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1976.
C’est un mécanisme de défense* qui permet au sujet de maintenir refoulé un désir archaïque inacceptable en adoptant l’attitude psychologique exagérée de la tendance inverse. L’énergie psychique utilisée par la formation réactionnelle montre, en terme économique*, une intensité d’investissement de l’élément conscient à la fois opposée et égale à celle de l’élément inconscient.
S. Freud remarque rapidement la présence de ce mécanisme dans la névrose obsessionnelle* où il est amplement utilisé par le sujet jusqu’à en transformer la structure de sa personnalité. Ainsi et pour exemple, la formation réactionnelle protège de façon constante le sujet contre ses tendances scatologiques en attribuant à sa personnalité une attitude permanente d’extrême propreté toutefois, plus cette attitude est remarquable (dans sa force de contre-investissement), plus elle désigne, en elle-même, la pulsion à laquelle elle s’oppose.
La formation réactionnelle apparaît aussi, à un certain moment, comme un mécanisme utile au bon déroulement de la construction psychique de l’individu.
Ainsi, S. Freud émet-il dans Trois Essais sur la théorie sexuelle une hypothèse sur le mécanisme de la sublimation* qui « détourne » l’énergie des motions sexuelles infantiles : « Les motions sexuelles de ces années d’enfance seraient (…) perverses en soi (…) et portées par des pulsions qui, (…) ne pourraient susciter que des sensations de déplaisir. Elles éveillent ainsi des contre-forces psychiques (motions réactionnelles) qui, afin de réprimer efficacement ce déplaisir, édifient les digues psychiques (…) : dégoût, pudeur et morale. »
En résumé, la formation réactionnelle est un mécanisme de défense psychologique qui pousse quelqu'un face à état émotionel difficile à supporter, à adopter un comportement opposé à celui qui lui est naturel.
En anglais "reaction-formation". Cela consiste à réagir en formant une attitude artificielle et exagérée à l'opposé du sentiment de départ.
L'exemple le plus simple consiste, face à quelqu'un que l'on déteste, à adopter une attitude particulièrement amicale et qui obnibule les sentiments réels que l'on éprouve à son égard.
Ce n'est pas un comportement conscient et délibéré visant à un but, mais un mécanisme de défense inconscient pour combattre une anxiété, un inconfort mental.
Cela ne fait pas disparaître le sentiment initial, il perdure et alimente le besoin de tenir cette conduite exagérée.
Exemples de formations réactionnelles
Quelques exemples très communs.
La mère dont l'enfant est anormal et qui le chérit particulièrement.
L'homosexuel qui exhibe avec ostentation ses relations féminines et va même jusqu'à critiquer les gays.
A l'opposé le gay qui voit un homosexuel dans un hétérosexuel voudrait être comme lui.
L'alcoolique qui clame les vertus de la sobriété.
Celui qui est effrayé par la guerre veut promouvoir le pacifisme et tente de dissuader les autres, plutôt que s'avouer ses propres peurs.
Dans la psychanalyse et la psychiatrie
Ce phénomène a été longuement décrit par Freud car il fait partie des activités inconscientes (subconscientes selon la terminologie psychanalytique). Dans le livre "Instincts et leurs vicissitudes" écrit en 1915, il distingue la formation réactionnelle, la formation substitutive et la formation de compromis.
Ce comportement peut atteindre des formes extrêmes auxquelles sont confrontés les psychiatres. Il se rapproche des névroses obsessionnelles.
Le syndrome de stockholm, ou l'on a vu les otages prendre le parti des geoliers contre les sauveteurs, adopter leur cause et leurs slogans, peut être considéré comme une forme de formation réactionnelle.
Et dans le mentalisme...
En détectant un comportement réactionnel, on retrouve la tendance réelle à laquelle obéit la personne. Et on le détecte de par son exagération ou son intransigeance.
Une attitude de sollicitude peut par exemple dénoter une tendance à la cruauté. Un idéal affiché de vertu peut être une tendance à la débauche.
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La névrose obsessionnelle
D'autres mécanismes de défense : Isolation, annulation et formation réactionnelle
L'altération typique du caractère des obsédés n'est pas toujours due directement à la régression. Elle est aussi causée par l'emploi d'autres mécanismes de défense : la formation réactionnelle, l'isolation et l'annulation. L'utilisation de ces mécanismes dépend également, il est vrai, de la régression pathognomonique, la formation réactionnelle, l'isolation et l'annulation étant beaucoup plus destinées à combattre des désirs prégénitaux, alors que le refoulement est un mécanisme plus en rapport avec la génitalité. Les formations réactionnelles sont profondément enracinées dans chaque personnalité obsédée. En combattant une hostilité inconsciente, l'obsédé tend à être une personne agréable dans tous ses rapports et de façon générale. Ceci peut lui apporter une grande satisfaction narcissique rendant malheureusement difficile le traitement psychanalytique.
Les formations réactionnelles sont cependant rarement efficaces l'esprit de l'obsédé reste occupé par la lutte perpétuelle entre la formation réactionnelle et l'impulsion originelle toujours effective.
Quelques exemples supplémentaires d'isolation typiques peuvent être donnés. Un patient présentant des doutes obsessifs, trouvait très difficile de se soumettre â la cure analytique, protestant violemment contre la règle fondamentale de l'association libre. Il apparut qu'il agissait ainsi afin de garder secrète l'existence d'une petite amie - non parce qu'il se refusait à en parler, mais parce qu'au cours de son traitement il avait parlé de masturbation, et il souhaitait que l'image de cette amie fat éloignée de tout ce qui pouvait avoir rapport avec la masturbation.
Il sentait qu'il pourrait parler d'elle si, pendant la même séance, il était sûr de ne pas penser à la masturbation. Plus tard, il apparut combien cette isolation avait peu réussi; un symptôme compulsif ressenti douloureusement par le patient et dissimulé à grand peine était l'obligation de penser « petite putain » chaque fois qu'il voyait cette jeune fille, ou qu'il entendait son nom. Ce symptôme provenait d'exigences instinctuelles incestueuses contre lesquelles le Moi se défendait. Ceci est un exemple de tentative infructueuse d'isoler la tendresse de la sensualité.
Il était intéressant d'observer comment le patient, qui avait des tendances aux réactions paranoïdes, combinait dans ses défenses contre l'instinct les mécanismes d'isolation et de projection. Une fois, pour démontrer l'absurdité de la psychanalyse, il déclara que l'association libre était un non-sens, les gens n'ayant que les pensées qu'ils désiraient, puisque la pensée « petite putain » n'était pas voulue par lui.
Quelques jours plus tard il accusa l'analyste de sensualité et de vulgarité, de traiter son amie de petite putain, et de faire mauvais usage de sa confession en lui trouvant un comportement vil. Quelquefois, les obsédés effectuent une remarquable isolation au moyen du mariage. Ils décident que leur vie conjugale n'a aucun rapport avec leur sexualité infantile. « Maintenant je suis marié, je n 'ai plus à me tourmenter au sujet de la sexualité. » Ces mariages ne peuvent être heureux. Les patients érigent de sévères obsessions et compulsions dès que les désirs sexuels infantiles apparaissent dans le mariage, en dépit de l'isolation.
Il a été dit que le cas spécial le plus important d'isolation consiste dans l'isolation du contenu idéique de son investissement libidinal. Les cas typiques d'obsession apparaissent froids, abstraits et sans émotion ; en fait, leurs émotions peuvent trouver expression par quelque voie incongrue.
L'exemple d'une telle isolation est donné par un patient qui notait qu'il ne devait pas « oublier qu'il était en colère ».
Les difficultés présentées par les obsédés dans la pratique de la libre association pendant l'analyse, sont dues à leur penchant à l'isolation. Ils ne peuvent pas associer librement, étant toujours en garde pour ne pas relier entre elles des choses qui auparavant étaient en contact. Ils ne peuvent pas se laisser surprendre, soit par des sentiments, soit par des perceptions qui n'ont pas encore été classés en catégories.
Cette façon de penser par classement en catégorie est une caricature de la pensée logique. Cette dernière est aussi basée sur l'isolation, mais l'isolation logique est au service de l'objectivité, l'isolation compulsive au service de la défense. L'isolation, comme il l'a déjà été dit, est en rapport avec l'ancien tabou du toucher.
De nombreux symptômes obsessionnels ont pour but de déterminer les objets qui peuvent ou ne peuvent pas être touchés. Les objets représentant les organes génitaux ou la saleté. Les choses « propres » ne peuvent communiquer avec les « sales ». Une application du tabou du toucher à la peur magique du changement d'une situation pour une autre est présente dans les fréquents rituels du seuil.
Fréquemment, l'isolation sépare les constituants d'un ensemble les uns des autres, alors que des personnes non obsédées n'auraient remarqué que l'ensemble et non les constituants. C'est pourquoi les obsédés ont fréquemment l'expérience de sommes et non d'unités, et bien des traits du caractère compulsif s'expriment exactement dans les termes « inhibition de l'expérience de la Gestalt ».
Répétitions et « chiffres favoris »
il existe encore la « répétition » en tant que forme d'annulation. L’idée contenue dans l'annulation est la nécessité de répétition d'une action dans un but différent. Ce qui a été fait avec une intention instinctuelle peut être refait sur l'instigation du Surmoi. Les instincts refoulés cependant, tentent de pénétrer également dans la répétition aussi, la répétition doit être répétée.
En général, le nombre de répétitions augmente rapidement. Les « chiffres favoris », dont le choix peut avoir une raison inconsciente séparée, sont déterminés et règlent le nombre de répétitions nécessaires ; en dernier lieu, les répétitions peuvent être remplacées par le fait de compter.
Les chiffres favoris sont, en régie générale, toujours les mêmes. Ce ne sont que les mêmes chiffres qui peuvent donner la garantie que ni les instincts, ni le Surmoi l'emporteront. La plupart des compulsions « symétriques » ont la même signification.
On aurait tort cependant de croire que le compter « compulsif » est toujours ainsi motivé. Compter peut avoir des sens variés. Il représente fréquemment le compter des secondes, c'est-à-dire du temps. Le besoin de mesurer le temps peut avoir plusieurs déterminants. Quelquefois c 'est un moyen de rendre une isolation certaine. Il peut être interdit de commencer une activité après une autre, et compter assure ainsi l'intervalle nécessaire. Les connexions de base entre le temps et l'érotisme anal ont déjà été mentionnées. La mesure du temps, à l'origine espace de temps entre deux défécations, peut être utilisée comme moyen de défense contre la tentation de la masturbation anale et peut éventuellement devenir un substitut de masturbation anale.
Le compter compulsif peut être également une défense contre des souhaits de meurtre; en comptant on s'assure que rien ne manque. Mais la défense peut être envahie par l'impulsion, et le compter devenir, inconsciemment, un équivalent de tuer; il peut être alors refoulé à son tour. Ceci est facilité par le fait que compter a, en lui-même, la signification de prise de possession, de maîtrise; compter peut signifier « compter ses propres possessions ».
Un exemple simple du mécanisme de l'annulation est la compulsion névrotique fréquente du lavage. Le lavage est rendu nécessaire pour annuler une action sale antérieure (réelle ou imaginaire).
Cette action dégoûtante est, en régie générale, la masturbation ou, plus tard, une idée de possibilité éloignée de masturbation. La régression anale est responsable de la conception sale de la sexualité. La masturbation anale dans l'enfance était, de fait, trahie par des mains sales et malodorantes; cette possibilité de trahison peut être évitée par le lavage. Occasionnellement, des obsédés peuvent faire disparaître tous leurs scrupules en se baignant et en changeant de vêtements, les mauvais sentiments étant conçus comme de la saleté pouvant être supprimée par le nettoyage.
Le bain rituel, comme moyen de nettoyage des péchés, est aussi un procédé d'annulation. Il est probable que c'est pour cette raison que le cérémonial névrotique, durant la période de latence, est si souvent en rapport avec le lavage. Les enfants obstinés qui refusent la toilette, refusent, en réalité, l'abandon des impulsions instinctuelles plaisantes. Il est vrai cependant que les rituels en rapport avec le déshabillage et le coucher sont aussi prévalents pour une autre raison: cette occasion présente une tentative de se masturber.
Un exemple de déplacement : la « rumination mentale »
Bien des symptômes typiques d'obsession luttent pour défaire des actions agressives, en général imaginaires. Cette intention est quelquefois manifeste, comme dans la fermeture compulsive des robinets à gaz, ou dans l'éloignement des pierres de la route ; quelquefois, l'intention de pénitence se révèle pendant l'analyse dans de nombreux symptômes. Il n'y a pas de frontière nette entre les symptômes de pénitence et les sublimations créatrices réalisées comme actions antagonistes de désirs sadiques infantiles.
L'usage de la régression, de formations réactionnelles, d'isolation et d'annulation, rend superflu l'emploi du mécanisme de défense du refoulement. Ceci répond à la question : comment se fait-il que, dans l'obsession, des impulsions offensives parviennent à la conscience ? L'impulsion consciente de tuer, par exemple, est, par l'isolation, tellement éloignée de l'impulsion motrice, qu'elle n'a aucune chance de se matérialiser et peut devenir consciente en toute tranquillité.
C'est pourquoi, lorsque l'idée devient consciente, elle est dénudée de toute émotion. Le résultat de la rupture de la connexion originale est que la connaissance spontanée des événements pathogènes de l'enfance ne peut pas être utilisée directement par l'analyse. Aussi longtemps que les émotions correspondantes manquent, l'analyste ne sait pas plus que le patient quels souvenirs de l'enfance sont importants et en quoi réside leur importance ; même s'il en est averti, il ne peut en informer le patient avant que ce dernier n'ait surmonté sa résistance contre la vision de cette connexion.
Le manque de refoulement dans l'obsession est cependant tout relatif. Les compulsions et les obsessions elles-mêmes peuvent entreprendre un processus de refoulement secondaire. Quelquefois les patients ne peuvent pas expliquer en quoi consistent leurs compulsions, ces dernières ont des qualités vagues, incolores, embrumées, et il faut un certain temps de travail analytique pour dégager la compulsion du refoulement et la rendre compréhensible.
Quelquefois, les symptômes compulsifs sont secondairement refoulés, le patient ne les sentant plus appropriés à son système c'est-à-dire ne représentant plus uniquement des formes défensives, mais également des impulsions qui s'y sont introduites. En essayant d'approprier ses compulsions à son système, il falsifie et obscurcit leur contenu originel. Ses propres compulsions, comme le monde entier, doivent s'adapter à son système qui est sa seule garantie de sécurité.
Le déplacement dans l'obsession est souvent un déplacement au petit détail. Bien des obsédés s'inquiètent de petites choses, apparemment insignifiantes ; à l'analyse ces petites choses apparaissent comme étant de grosses choses. La plus connue est la « compulsion à penser » (Gruebelzwang) dans laquelle le patient est obligé de passer des heures à ruminer des pensées abstraites.
Ce symptôme a son origine dans une tentative d'éviter des émotions répréhensibles par la fuite du monde des émotions dans celui des concepts intellectuels et des mots. Cette fuite échoue, les problèmes intellectuels dans lesquels le patient cherche une échappatoire à ses émotions acquérant, par un retour du refoulé, une valeur émotionnelle élevée.